Mardi 17 janvier 2012 2 17 /01 /Jan /2012 18:15
Par Luc Bigé
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Vendredi 2 décembre 2011 5 02 /12 /Déc /2011 15:17

Les Amazones, l’univers est-il accueillant ?[1]

 

 

La fille d’Eurysthée, Admétè, brûlait d’envie de nouer autour de sa taille la ceinture d’or qui appartenait à Arès. Hercule fut chargé d’aller quérir l’objet auprès des Amazones, ces femmes guerrières qui méprisaient le mariage.

 

Hercule jeta l’ancre dans le port de Thémiscyra. La Reine des Amazones, Hippolyté, eut vent de sa venue ainsi que de l’objet de son voyage. Elle décida immédiatement de lui rendre une visite de courtoisie, totalement pacifique. Séduite par la prestance du héros, elle lui offrit spontanément sa ceinture d’or en témoignage de son amour. Las ! Héra, métamorphosée en Amazone, répandit partout le bruit que l’étranger était venu pour enlever la reine. La rumeur enfla si rapidement qu’il fut impossible de l’étouffer. Très en colère, les cavalières réagirent immédiatement en enfourchant leurs montures. Elles partirent au grand galop dans l’intention de détruire le navire de l’intrus. En apercevant au loin le nuage de poussière soulevé par tant de haines, le héros crut en une manœuvre déloyale de la Reine. Sans l’interroger plus avant il la tua, lui arracha sa ceinture et se débarrassa violemment des assaillantes en les massacrant.

 

Cet épisode explore les trois grandes thématiques que Vénus connaît bien : la question du lien, la nature du don et le passage du monde terrestre vers le monde des étoiles puisque la Ceinture est une image symbolique de la ceinture zodiacale. Celle-ci débute à 0° du bélier – le signe de Mars/Arès – mais il est tout aussi légitime de le faire commencer à 0° Balance – le signe de Vénus/Aphrodite puisqu’il s’agit des deux lieux où écliptique et équateur céleste se croisent. Vénus et Mars sont dépositaires d’une ceinture d’or, l’un et l’autre codent le commencement du zodiaque. Les Amazones sont les enfants d’Arès et d’Harmonie, elles portent dans leurs gènes la violence du combat au nom de l’harmonie.

 

Pour l’heure les amazones sont des femmes « Bélier », volontaires, intuitives et impulsives, qui aspirent de toutes leurs forces à se donner au héros venu les visiter. Pourtant la chose est risquée. La situation mythique est exactement inversée par rapport à celle que dû affronter Pâris. La force guerrière des Amazones leur à, jusqu’à présent, réussit. Elles savent ce qu’elles veulent, ont fondé une civilisation et conquit de nombreux territoire, elles savent même harnacher leurs chevaux ! Toutes ces qualités symboliques Pâris devra les apprendre. Une Amazone moderne serait une femme qui sait exactement ce qu’elle veut, à réussit une carrière brillante et s’accomplit dans la liberté de ses élans. Un seul problème : les hommes sont réduit à moins que rien et n’ont pas droit à la parole. Intuitives, les Amazones savent parfaitement cela. C’est pourquoi, avec la meilleure volonté du monde, leur Reine offre sa ceinture au valeureux guerrier qui l’accoste. Offrit sa ceinture, ce n’est pas rien ! En donnant au héros le symbole de sa royauté elle se donne toute entière à l’homme qui est venu la chercher. C’est le rêve secret du Bélier, dont l’histoire biblique à retenu sa vocation sacrificielle. La femme libre aspire à se donner totalement à l’autre dans son désir de produire ce lien absolu qui, comme une ombre, la taraude. La face obscure de Pâris et de la Balance consistait à nier la violence que ses choix et ses non-choix soulevaient dans la relation, la face obscure d’Hippolyté et du Bélier consiste à, soudainement, tout donner à l’autre au risque de se perdre. Lorsque la Reine offre sa ceinture emblématique à l’étranger la « panique » s’empare d’elle. Son nom décrit sa nature profonde puisque « Hippolyté » se traduit précisément par « panique des chevaux ». Devant l’imminence de la Rencontre la femme panique et perd le contrôle de ses élans intérieurs.

 

Alors l’axe de la Ceinture pose cette éternelle question : faut-il se lier ou se délier ?

 

Toute relation est abdication d’une part de liberté, pourtant ma liberté ne peut avoir de sens sans l’autre. Comment se lier sans s’enchaîner, comment se délier tout en conservant un dialogue authentique ? En un mot, comment métamorphoser le lien en relation ?

 

Les Amazones ont quelques idées là-dessus, très imparfaites. Elles surent, « pour la première fois dans l’histoire » précise Apollodore, harnacher leurs chevaux pour engager le combat. Mais elles se nomment encore avec des noms d’animaux comme « Jument » et « Jument Noire » ou des vocables qui signent la rupture du lien comme « celle qui arrache » et « celle qui détache les chevaux ». Elles établissent des cités et épanouissent leur civilisation en créant du lien social, mais elles aspirent à rester vierges et dénient un rôle public à l’autre sexe. Ces femmes-là désirent sincèrement se lier avec ce qui vient de l’étranger (Hercule), avec leurs élans intérieurs (les chevaux) et avec le collectif (les villes) mais cela ne leur réussit qu’imparfaitement à chaque fois : elles engagent par erreur un combat contre Hercule, leurs chevaux sont encore à moitié sauvages, et le Héros apparaît lorsque les conquérantes ont dû se retirer d’une grande partie de l’Asie précédemment conquise. La femme Amazone aspire de tout son cœur à créer du lien mais, au fond d’elle-même, elle « sait » mieux que les autres car son intuition ne la trompe jamais. Et puis, « donner sa ceinture », signifierait surtout, imagine-t-elle, perdre l’initiative et le contrôle sur sa vie et sur son destin. 

 

Alors surgissent des bouffées de panique à l’instant même où l’alliance devient possible. Pour comprendre cela il suffit de ramener cette expérience sur le plan psychologique. Combien de couples se séparent au moment même où ils décident de se marier ou simplement de vivre ensemble dans un appartement commun ? La proximité quotidienne avec l’autre les fait passer du statut d’amants à celui de compagnons, littéralement « ceux qui mangent le même pain ». Cette nouvelle alliance ne va pas de soi car la nature de la relation à l’autre se transforme. Et, pour qui vit sur le plan de Vénus (la séduction) ou de Mars (la conquête), cette proposition de rencontrer l’autre sur le mode du don, c’est-à-dire du partage mutuel, suscite une peur panique. Alors les amants détruisent par la fuite ou par la violence cette alliance naissante.

 

Héraclès se croit trahi alors qu’il est simplement aimé. Le héros ne reconnaît pas ces femmes pour leurs justes intentions. L’homme ne voit pas encore que l’univers fonctionne aussi selon une autre loi que celle de la compétition et de la lutte : la générosité du don corrélée au sentiment de gratitude envers la bonté de l’univers. Habitué à prendre ce qu’il désire sous l’impulsion d’une virile volonté il néglige cet acte d’amour et tue l’infortunée. La Reine des  Amazones est fascinée par la beauté physique d’Hercule dont Vénus est l’emblème, le Guerrier est encore habité par le démon du combat dont Mars est le représentant. Peut-être eussent-il pu devenir amants comme Vénus et Mars lors de l’épisode du filet d’Héphaïstos. Mais le don gratuit de la ceinture soulève un vent de panique et Hercule imagine d’improbables scénarii. La femme ne cherche-t-elle pas à le manipuler ? Est-ce un calcul ? Agit-elle ainsi pour l’inciter à baisser sa garde ? De leur côté, les Amazones ne croient pas non plus en la bonne volonté de l’homme et pensent à une ruse.

 

Est-il si difficile pour l’homme et la femme de recevoir en toute confiance, sans arrière-pensées ? Nous savons généralement prendre ou donner… mais recevoir ? Cela suppose de croire en la bonté gratuite : la sienne, celle des autres et celle de l’univers. Cette attitude d’une angélique simplicité est littéralement révolutionnaire car elle implique un changement de plan de conscience. En effet, si l’univers est accueillant il n’est plus nécessaire de calculer pour obtenir la première place ni de s’interroger pour savoir si une anguille se cache sous la roche, ni même de lutter compétitivement pour obtenir la plus grosse part du marché. En un mot, la tâche d’Hercule et d’Hippolyté consiste à reconnaître puis à vaincre leur peur profonde du monde extérieur. Longtemps l’homme et la femme crûrent que le combat était une nécessité, voire même un mode de fonctionnement naturel. Ne nous raconte-t-on pas que la « lutte pour la vie », que le système économique traduisit en « compétitivité nécessaire », sont inéluctables dans notre monde biologique et social ? Le mythe nous rappelle qu’un combat permanent pour la survie conduirait à la destruction de la civilisation (des Amazones), de la féminité (Hippolyté) et nous empêcherait de contacter collectivement un nouveau plan de conscience : celui du don et de l’amour partagé (la Ceinture).

 

Faut-il rappeler que la symbiose et les divers modes de coopération biologiques comme, par exemple, la pollinisation, furent infiniment plus efficaces pour l’évolution des espèces que la sélection dite « naturelle » ? L’épisode des Amazones nous met collectivement en garde contre les idéologies de conquête, si répandues dans notre monde, depuis la vie amoureuse jusque dans les politiques économiques.

 

Peut-être est-ce l’un des Travaux les plus difficiles à accomplir. Malgré son apparente facilité – prendre une ceinture à une femme, ceinture qui est donnée, que diable ! -  Hercule échoue. La Reine est morte et le carnage se répand comme une traînée de poudre. 

 

L’homme et la femme concernés par cet épisode mythologique comprennent que leur volonté de conquérir le ciel par la force, la civilisation par la violence, la réussite économique par la compétitivité… bref ! « la Ceinture par la guerre » est un obstacle à la poursuite de leur évolution. Les héros observent une chose nouvelle à laquelle ils n’étaient pas préparés : ils peuvent vaincre sans combat, dans une totale confiance en la bonté et en la gratuité du geste de l’univers.

 

Réussir ce Travail, c’est donc accepter de recevoir. L’échec d’Hercule et d’Hippolyté souligne sa suprême difficulté.

 

La troupe des Amazones que combattit Hercule appartiennent à la vie intérieure de l’homme et de la femme. Le héros à pour tache d’éliminer (de « tuer ») les forces qui minent la confiance mutuelle ente les amants, les forces contraires qui retardent l’émergence d’une civilisation fondée sur ce simple et nouveau regard : le sens de la gratitude.

 

Le guerrier défait d’abord Aella « ainsi nommée pour sa légèreté à la course » : l’homme « tue » son incroyable vélocité à échapper sans cesse au regard de l’autre et à la confrontation, il se libère de sa tendance à la fuite de la rencontre. Puis vint le tour de Prothoë, « qu'on disait être sortie victorieuse de sept combats en duel » : il renonce à sa remarquable habileté à se défendre avec succès sur tous les plan de son être, de ses attitudes physique à ses certitudes métaphysique. Eriboée qui « se vantait de n'avoir besoin d'aucun secours » représente sa difficulté à demander de l’aide, par crainte, orgueil ou simple désir d’autonomie. C’est pourtant la première condition pour recevoir. Puis vint le tour des compagnes d’Artémis chasseresse, Celéno, Eurybie et Phoebé, toutes trois très averties dans l’art du tir à l’arc. « Lancer des flèches » est aussi une manière de céder à la panique et de se protéger du monde extérieur. Hercule vainquit encore Philippis, Déjanire, Astérie, Marpé, Tecmesse et Alcippe sur lesquelles nous manquons, hélas, d’informations. En tout, l’archer tua douze Amazones célèbres. Il défit douze obstacles contraires à l’union des cœurs. Alors Mélanippè, l’une de leurs trois Reines, « perdit son royaume et sa liberté ». Or son nom se traduit par « Jument Noire ». Quelle beauté dans le mythe ! La « jument noire » perd sa liberté et son royaume ! Cette image extraordinaire nous dit exactement ceci : les élans obscurs de l’être perdent leur pourvoir de manipulation.

 

Sous prétexte de liberté et de réussites, d’exploits et de conquêtes, combien de « jument noire » et d’Amazones belliqueuses intérieures, motivées par une secrète panique, nous mènent-elles par le bout du nez ?

 

En tuant « panique des chevaux » (Hippolyté) et en désamorçant le pouvoir de la « Jument Noire » (Melanippè) l’homme et la femme habités par cet épisode mythologique se débarrassent de leur peur de la rencontre (la Ceinture d’or) et de toutes leurs stratégies incroyablement performantes mises au point pour cacher de sombres élans derrières des qualités enviables. Des trois reines des Amazones il ne reste plus que Antiopé. Celle-ci sera faite prisonnière et offerte en cadeau à Thésée. Robert Graves traduit Antiopé par « le visage faisant face ». Il reste la conscience lucide.

 

Le passage de la défiance à la confiance ne s’accomplit pas par des armées, des traités d’amitié, des échanges économiques ou même des palabres. Le mythe propose deux voies complémentaires. Celle du don gratuit, féminine et radicale, choisie par Hippolyté qui offre son royaume à l’étranger. Mais elle à l’inconvénient d’induire une prise de risque pouvant aller jusqu’à la destruction. Que dire en effet d’une personne ou d’une entreprise qui donnerait tout, en attendant avec confiance (et naïveté) que le monde le lui rende au centuple ? Cette attitude est pourtant fondamentalement juste mais, pour s’accomplir, elle appelle l’œuvre masculine du guerrier intérieur qui « tue » les douze obstacles à la confiance mutuelle.

 

L’amour est une antidote efficace contre la peur. Mais il est insuffisant pour la désamorcer durablement. Hippolyté a compris cela en tombant amoureuse de l’étranger. Elle fut néanmoins broyée par la panique qui assourdissait son cœur.

 

L’art de laisser arriver les choses ne va pas de soi. Comment expérimenter concrètement cette bonté de l’univers ? Par exemple en partant sur les routes totalement imprégné de l’instant présent, sans savoir ce que vous aller manger à midi ni où vous allez dormir le soir. Alors la panique fondamentale qui habite tout être humain par rapport à ses besoins fondamentaux sera clairement vue et confrontée. Alors, peut-être, de nombreuses « Hippolyté » surgiront au détour d’une rue, les mains emplies de présents. « Peut-être », car le héros connaît la loi de résonance. Il sait que s’il n’a pas encore tué sa « jument noire » intérieure celle-ci ressurgira un jour coin d’une rue sombre pour le paniquer et le rendre à nouveau violemment « compétitif ». Il sait aussi qu’il ne rencontrera la bonté de l’univers que s’il a déjà contacté cette bonté-là au fond de son propre cœur.



[1] L’analyse de cet épisode mythologique est développée dans l’ouvrage La voie du Héros, les douze Travaux d’Hercule (éditions de Janus). 

Par Luc Bigé - Publié dans : Mythologie
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Mardi 8 novembre 2011 2 08 /11 /Nov /2011 18:28


Les planètes sont des dieux. Leurs aventures sont les nôtres.

Au cœur du psychisme humain se jouent de grandes scènes mythologiques infiniment plus fondamentales que nos conditionnements culturels et sociaux. Par elles et grâce à elles nous nous transformons en profondeurs, à condition toutefois d’oser les vivre pleinement. Ces forces signifiantes ne sont pas personnelles, elles appartiennent à l’univers des archétypes, elles nous traversent et, en passant, nous transforment.

Chacun d’entre nous est en résonance avec un ou plusieurs mythes fondateurs qui sont autant de points de contact avec le monde spirituel. Parfois les événements qu’ils représentent nous harponnent, mais c’est pour mieux nous élever vers la lumière. Pourtant le mythe en soi n’est pas le plus essentiel, c’est le processus de métamorphose auquel il nous convie qui compte. Ces archives sans âge du psychisme humain jouent le rôle de la carte géographique vis-à-vis du territoire. Elles nous indiquent les vraies pistes et les faux chemins, les directions et les buts, les gares et les oasis, les pièges et les points de vue panoramiques. Mais elles ne nous dispensent jamais de partir, bien au contraire !

« Vénus » provient de la racine indo-européenne wen qui signifie « désirer » ; le Latin le transforma en veneris « désir sexuel », mot qui a donné le français « venin ». Ainsi de « valeur » à « vénéneux » en passant par « vénal » Vénus cache dans son étymologie toute la gamme de ses applications.


Façonner l’autre au nom de l’amour ?

Roi de Chypre, le lieu de naissance de Vénus, Pygmalion s’éprit de la déesse dès qu’il l’aperçut. Hélas ! celle-ci se refusa à lui. Alors il décida de sculpter son corps dans la pierre. Au fur et à mesure du progrès de l’œuvre, l’homme devint éperdument amoureux de l’image naissante. Désespéré de vivre un amour à sens unique, il supplia la (vraie) déesse d’avoir pitié de lui. Sensible à ses pleurs, Aphrodite pénétra dans la statue et lui donna la vie. La pierre animée prit le nom de Galatée (« d’une blancheur de lait »). Pygmalion est amoureux, non d’une personne, mais d’un idéal de pureté. Galatée porte dans son nom la couleur blanche d’une perfection sans tache. Il y a une grande naïveté à façonner une relation amoureuse exactement conforme à l’image idéale portée dans le cœur. Le nom se du sculpteur se traduit par « poing qui tremble ». Le poing est exactement contraire à une main ouverte, disponible et sensible, capable de donner et de recevoir. Ses cinq doigts se referment avec force sur un seul objectif. Pygmalion est une obsession qui ne sert qu’un seul but : révéler la beauté de l’autre au nom de l’amour. Geste grandiose auquel la déesse va répondre. Geste ambigu, comme le sont toutes les rencontres avec une situation archétypale. Geste désespéré car jamais une statue pierre ne sera une vraie Vénus.

Sans obsession, rien de grand ne pourrait se produire. Sans une inaltérable passion, rien de magique ne surgirait. L’amour du Pygmalien pour sa bien aimée la transforme en une déesse nimbée de beauté. Sa force attractive est si puissante qu’Aphrodite accepte de donner un peu d’elle-même a cette image adulée. Et pourtant ! Galatée n’est pas Vénus mais seulement son image, même parfaite.

Pygmalion imagine que, au nom de l’amour, il va pouvoir façonner l’autre pour l’accomplissement de sa beauté intérieure. Mais l’autre devient un « objet » que le Pygmalien en herbe tente de conduire à la découverte de son âme. En réalité l’artiste est amoureux, non d’une personne, mais d’un idéal qu’il projette sur celle-ci. L’amour éclaire et rehausse la beauté de l’autre, mais vouloir réaliser cette vision en cherchant à le façonner au meilleur de lui-même pour lui donner une nouvelle existence… n’en ferait qu’un bel objet simulant la beauté vivante.

Même si toutes deux naquirent sur la même île, Galatée n’est pas Vénus. L’âme de l’autre a besoin d’un espace d’accueil pour se révéler, elle ne peut se mouler dans une forme pré-figurée, si lumineuse et si juste soit-elle. La beauté intérieure d’un compagnon ou d’une compagne ne peut jamais être totalement sculptée par la volonté tremblante d’une passion ébahie, ce serait la diriger vers des espaces de révélation qui ne sont pas exactement les siens. Elle a surtout besoin d’une main ouverte pour l’accueillir sans prises de pouvoir, sans direction assignée, sans qualités prérequises.

Pygmalion oublie volontiers qu’il façonne une image. Il pense vivre avec une déesse alors que la femme qu’il voit devant lui est le fruit de son habileté jointe à son imagination amoureuse. Il perçoit d’abord la lumière et les dons de l’autre, sans savoir accueillir ses ombres.

Mais la vie n’offre pas que des Pygmalions amoureux. Des études ont montré que lorsque les enseignants attendent de bons résultats de leurs élèves ainsi qu’une amélioration de leurs capacités intellectuelles cela se produit comme imaginé. Mais l’inverse est vrai : si les professeurs n’attendent aucun résultats particuliers, les performances des étudiants vont stagner ou même diminuer.

L’amour est un puissant catalyseur qui accompagne la révélation et la croissance des dons de chacun. Mais combien de ces étudiants suivront plus tard, disons une filière littéraire, alors que leur vocation est scientifique, simplement parce que leur professeur de français sut les aimer ?

Et pourtant ! celui qui ne serait façonné par aucun lien d’empathie mourrait de solitude. L’autre devient tel qu’il est vu. Est-il vraiment vu tel qu’il est ? C’est en tout cas la question que devrait se poser Pygmalion.

Nous sommes en présence d’une situation archétypale qui affiche sa contradiction intrinsèque. L’amour porté aux autres révèle leurs qualités, mais celui-ci contient toujours une part de d’obsession qui enferme dans des formes préétablies. Cette « conjonction des opposés » garantit l’évolution du psychisme. Elle maintient la personne dans un état de questionnement permanent, bien plus stimulant que toutes les réponses qui pourraient lui être proposées.

Ajoutons qu’il est dangereux pour un simple mortel de coucher avec une vraie déesse ! Anchise s’en souvient encore. Remarqué par Aphrodite, celle-ci se métamorphosa en mortelle pour séduire l’appétissant jeune homme, ce qui ne fut pas très difficile ! Pourquoi un tel artifice ? On raconte que tout mortel qui aurait une relation directe avec un dieu ou une déesse vieillirait prématurément. Et Anchise ne voulait pas encourir ce risque ! Le sachant, la déesse prit soin de ne lui révéler son identité qu’après avoir partagé son lit. Elle lui demanda ensuite de garder le plus grand secret sur leur aventure. Or, un jour qu’Anchise était ivre, il se vanta de sa nuit mémorable. Entendant cela, Zeus, par pure jalousie, lui envoya la foudre et le jeune homme devint boiteux pour le restant de ses jours.

Le contact avec un dieu ou une déesse ressemble à un « coup de foudre » amoureux, il tétanise la psyché et le corps, il les immobilise et les fige sous l’effet d’une révélation foudroyante. Curieusement « Anchise » évoque le français « hanche » qui est précisément le lieu corporel qui alimente notre foi envers le divin.

Par son amour obsessionnel focalisé sur sa compagne, un groupe d’élèves, un projet social où une œuvre artistique, le pygmalien ouvre une porte par où va descendre la présence d’un Dieu, ou d’un archétype. Cela est nécessaire car tout projet à besoin d’une âme pour devenir vraiment vivant, pour quitter l’état de la pierre de taille emplie d’objectivité, de mesures et de retours sur investissements. Le défi de Pygmalion consiste à se laisser féconder par la force que sa concentration bienveillante à suscité, à se laisser éblouir et tétaniser par la révélation des beautés qu’il appelle de toute son âme. Alors seulement la déesse, son âme, pourra prendre tout l’espace dont elle a besoin.

Luc Bigé

Par Luc Bigé - Publié dans : Mythologie - Communauté : mythologie
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Jeudi 22 septembre 2011 4 22 /09 /Sep /2011 14:04

Crise actuelle et mutation ontologique

 

 

 "Quand Dionysos guidera, la terre dansera"

Euripide

 

 

Les crises actuelles – écologique, économique, énergétique et éthique – ne sont pas banales au sens où elles ressembleraient à des soubresauts inévitables dans le processus d’évolution continu de la civilisation humaine. Leurs analyse symbolique montre que nous sommes à la veille d’un profond changement de la nature humaine, mutation qui s’amorce déjà.

Vaste programme que « guérir la planète » ! Qu’est-ce en effet que « guérir » ? Qu’est-ce vraiment que la « planète » ? Et que signifient ces deux termes accolés ? L’être humain devrait-il y jouer un rôle, et si oui lequel ? Et comment ?

 

Pour simplifier il nous faut poser des hypothèses et adopter une posture philosophique, sans quoi ces questions seraient pour le moins abscondes et susceptibles d’interprétations multiples. Admettons ici que la maladie est le signe visible d’une disharmonie entre les parties d’un tout. Le symptôme désigne également le processus de la guérison visant à recouvrer cet équilibre perdu, mais à un niveau de conscience à la fois plus précis et plus inclusif. Admettons encore que la « Terre » est un être vivant et, comme le précise le Tibétain, une planète non-sacrée. Posons enfin l’hypothèse qu’une planète sacrée a réussi à fusionner son anima mundi avec sa nature matérielle et biologique. Qu’est-ce qu’un espace sacré si ce n’est une géographie orientée où chaque point cardinal est porteur de sens, c’est-à-dire d’une force signifiante qui imprègne les mondes visibles ? Nous pourrions alors envisager la maladie actuelle de la planète comme un processus nécessaire pour sa sacralisation. Ce sont ces points que nous allons développer.

 

La « maladie » actuelle

Il y a plusieurs manières de la diagnostiquer. La première, développée par le W.W.F.[1] et certains spécialistes de l’évolution, consiste à remarquer que nous nous dirigeons à marche rapide vers la sixième grande extinction. Cinq extinctions de masse ont déjà impacté la vie sur la Terre. Entre 50% et 95% des espèces ont alors disparu, selon des époques. La plus ancienne répertoriée, il y a 500 millions d’années, vit la disparition des trilobites et des brachopodes qui avaient alors envahi le milieu marin ; la plus récente, il y a 65 Ma procéda à l’élimination des dinosaures et, avec eux, disparurent 50% des espèces vivantes. Celle d’aujourd’hui est beaucoup plus rapide que les précédentes puisque la vitesse de la disparition des espèces est environ mille fois plus élevée que lors des autres catastrophes. Son origine est bien sûr anthropique. L’action de l’homme sur l’environnement avec l’agriculture, l’urbanisation, l’industrialisation et la pollution entraîne des modifications irréversibles de la biosphère. Il semble que de tels phénomènes aussi radicaux surviennent lorsqu’une espèce vivante a conquis tout l’espace disponible, mettant ainsi l’ensemble de l’évolution biologique dans une impasse. C’était le cas pour les trilobites du Cambrien et les dinosaures du Crétacé, c’est le cas aujourd’hui pour l’homo sapiens.

 

Pourtant, malgré la succession de ces catastrophes, la courbe représentant l’accroissement du nombre des espèces vivantes en fonction du temps revient toujours là où elle aurait dû être si ces phénomènes n’avaient pas eu lieu. Les « catastrophes » sont en effet suivies de l’apparition d’une floraison d’espèces nouvelles. Tout se passe comme si, en danger, la vie développait une extraordinaire créativité. C’est, du reste, grâce à la disparition des dinosaures que l’homme existe. Les mammifères apparurent à peu près en même temps que les dinosaures, au Trias Supérieur, il y a quelque deux cent trente millions d’années. Pendant 165 millions d’années, ils ont évolué dans l’ombre des grands reptiles, se transformant certes, mais restant petits – d’une taille inférieure à celle d’un chat - et peu diversifiés. Puis les dinosaures disparurent. Une dizaine de millions d’années « seulement » après la catastrophe de la limite Crétacé-Tertiaire, il existait déjà des mammifères d’une taille fort respectable (de la taille d’un ours), adaptés à des modes de vie variés.  Aujourd’hui, 65 millions d’années après la crise, notre monde est peuplé de rats, de chauves-souris, de baleines, d’éléphants, de fourmiliers, de guêpes, de chevaux et d’humains. Ce monde si varié est le résultat d’une vaste radiation évolutive grâce à l’effacement forcé des dinosaures. Ainsi les grandes extinctions sont toutes de formidables facteurs, si ce n’est de « progrès », du moins de renouvellement.

 

La crise formidable que traversent les autres règnes de la nature sous nos yeux aveuglés est accompagnée d’une crise de l’humanité prise dans la totalité de son histoire. Il y a plusieurs manières de la montrer, nous n’en développerons que deux ici[2]. Depuis l’époque des chasseurs-cueilleurs, il y a environ deux cent mille ans, la vitesse des communications s’est accélérée d’une manière exponentielle. Celle-ci conditionne à son tour l’accélération des découvertes, la transmission des idées et la rapidité des évolutions techniques et sociales.

 

Il y a trente mille ans la tribu primitive ne connaissait encore que la parole et les jambes, elle avait besoin d’un temps considérable pour transmettre ses idées à ses voisins. Plusieurs millénaires s’écoulaient parfois avant que des peuples d’origines différentes ne se rencontrent et décident de guerroyer ou d’échanger leurs poteries et leurs femmes. Il y a cinq mille ans environ les peuples nomades puis les agriculteurs réussirent à domestiquer des animaux pour se déplacer : chameau, cheval et âne. La communication devint tout à coup considérablement plus rapide, le délai pour échanger des idées passe subitement du siècle à l’année. Depuis trois siècles seulement, le monde industriel multiplie à l’envie les voitures, les voies télégraphiques, les bateaux de gros tonnage et les avions de lignes si bien que le temps de déplacement moyen pour transmettre une information d’un point à l’autre de la planète se réduit à la journée. Finalement, depuis moins de trente ans, Internet va à la vitesse de la lumière. Toute nouvelle découverte scientifique est instantanément transmise vers tous les laboratoires de la planète. Chemin faisant les moyens de communication se sont libérés du sujet en passant de la personne au cheval, puis  à la voiture et enfin à l’ordinateur, cet écran derrière lequel nous regardons le monde avec un processus de désinvestissement affectif croissant, à moins de vivre dans la bulle de l’imaginaire. La vitesse de transmission du savoir accélère le processus d’évolution en réduisant considérablement le temps mis par une invention pour faire le tour de la planète, mais son prix est cher payé car l’homme pense de moins en moins à ce qu’il est pour se décentrer de plus en plus de lui-même et évacuer sa participation sensible au monde extérieur. 

 

Les moyens d’échange sont à l’avenant. Ils passent eux aussi de la terre vers le ciel, du concret vers l’abstrait. L’objet troqué par les nomades se transforme d’abord en jeton d’argent ou de bronze chez les agriculteurs. Puis le métal perd de sa densité pour se multiplier sous la forme de papier-monnaie et d’actions avec l’industrie. Finalement il disparaît dans l’invisible, véhiculé sur les ondes des échanges bancaires, réduit à un simple chiffre sur un compte dans le tourbillon généré par les échanges informatiques. Au final, le cheval, le champ et la chèvre sont devenus des nombres purs.

 

Et puis, entre le néolithique et maintenant, nous vivons une extraordinaire accélération du temps. Non qu’il le soit dans l’absolu, mais notre sens du temps est lui-même réduit au très court terme. Aujourd’hui nul n’envisage sérieusement l’avenir à plus de 10 ans alors que les Egyptiens construisaient des tombeaux-pyramides pour assurer la vie éternelle de leurs occupants avec vivres, bétail et serviteurs. Pourtant si, comme nous le suggérions précédemment, l’accélération de l’histoire est proportionnelle au temps que met une information pour faire le tour de la planète, infiniment longue (relativement à une vie humaine) à l’âge des cavernes, rapide comme l’éclair aujourd’hui, une telle accélération ne pourra plus se poursuivre. Après les chasseurs-cueilleurs, les agriculteurs, les industriels et les créatifs culturels, nous savons qu’il est impossible d’aller vers un « cinquième âge », non seulement en raison de sa vacance mythologique, mais aussi pour une cause purement physique : la vitesse de la lumière est théoriquement et expérimentalement indépassable.

 

Devant nous, le mur.

 

N’est-il pas symptomatique que ce lieu qui réunit vitesse maximale, des valeurs réduites à des chiffres sur un compte bancaire, le culte du nombre pur qui efface l’éthique, là où le temps est devenu de l’argent… s’appelle précisément Wall Street, la « rue du mur » ?

 

Après les nomades, les agriculteurs, les industriels et les informaticiens, il n’y aura pas de cinquième époque de la civilisation car la vitesse de la lumière est physiquement indépassable. 

 

À moins d’un changement radical de la nature humaine.

 

Aujourd’hui le choix est entre l’Apocalypse et l’Illumination. La crise actuelle n’est pas économique ni même écologique, elle est ontologique. Elle invite l’être humain à une initiation collective qui le conduira vers une nouvelle espèce. Et toute initiation suppose un abandon radical de l’ancienne manière de se représenter le monde.

 

La grande mutation

Existe-t-il des signes de son approche ? Et à quoi pourrait-elle bien ressembler ? Comment faire aussi bien que le dinosaure qui sut si remarquablement se transformer à l’approche de la grande catastrophe en devenant oiseau ? Quel « oiseau » va jaillir de l’homme moderne, cette merveille en péril ?

 

Les premières tentatives historiques pour aller vers un « homme nouveau » datent seulement de la « grande guerre » 1914-1948, une période rythmée par deux rencontres successives entre Saturne (le principe de réalité) et Pluton (le principe de métamorphose)[3] et marquée par la découverte de cette dernière planète en 1930 par Percival Lowell et Clyde Tombaugh. Les deux faces de son sens astrologique sont déjà codées dans les noms de leurs découvreurs : la « mort (tomb) pour autant que (aught) »… d’un côté et le « bon amour » de l’autre ! « Percer héroïquement le val (percival) qui conduit vers l’amour du cœur à moins de rencontrer la tombe de l’espèce humaine »…. Tel est le programme symbolique de Pluton et, historiquement, de la seconde guerre mondiale d’où jaillit une nouvelle vision politique barbare et immature : le national-socialisme prit le pouvoir au Reishtag en 1931, exactement un an après la découverte de Pluton. A l’Est, cette tentative pour créer un « homme nouveau » était déjà dans l’air depuis quelques années. Entre 1917 et 1933 les soviets imposèrent au peuple russe une marche forcée vers le communautarisme au nom d’un idéal de transformation de la nature humaine. Si les formes politiques meurent en raison de leur immaturité, les idéaux persistent dans l’inconscient collectif. Après l’échec des tentatives de métamorphoses du vieil homme en un nouvel homme par le mythe et la guerre (le nazisme), puis par la collectivisation et l’idéalisme (le communisme), la voie mécanique et matérialiste persiste : nos « élites » rêvent encore d’homme bionique et de « superman » au génome « amélioré » en qui se fondent nanotechnologies, biologie et puces électroniques.

 

Ces trois tentatives, un peu folles, sont fondées sur une conception matérialiste de l’homme (la biologie moderne), sur un idéalisme aveuglant (le communisme) et, d’une manière plus radicale avec le national-socialisme, sur le mythe d’une race pure ancestrale. Si l’inconscient collectif affirme l’urgente nécessité de transformer la nature humaine, il a des difficultés pour l’accomplir. Mais enfin, les dinosaures ne sont pas devenus oiseaux en un seul jour ! L’adhésion de la conscience humaine au mythe du surhomme s’est révélée foncièrement destructrice, elle a choisi la voie de la mort et non la percée du voile vers l’amour. L’idéalisme forcé de la société socialiste sans classes a rapidement sombré dans la rééducation idéologique. Enfin les choix contemporains pour bricoler le corps humain sont certainement aussi dangereux, bien que nous ne nous en rendions pas encore compte, car ils idolâtrent notre matière biologique, ce temple de l’Esprit.

 

Existe-t-il alors une quatrième voie qui conduirait vers la transformation de l’homme ?

 

L’année de la découverte de Pluton, en 1930, Sri Aurobindo publiait à Pondichéry un opuscule intitulé the superman. Il développera plus tard cette vision dans un autre ouvrage, La manifestation du Supramental sur la Terre.

 

Cette vision devient-elle aujourd’hui une réalité ? Les témoignages recueillis par le réalisateur autrichien Peter-Arthur Straubinger dans son documentaire « Lumière » semblent aller dans ce sens[4]. Combien sont-elles ces personnes qui ne se nourrissent plus que d’énergie éthérique (ou prana), sans nourriture solide et parfois sans eau, dans le monde ? Mille, cinq mille, dix mille ? Les opinions divergent sur ce point. Nous en avons rencontré deux, l’une au Portugal est mère de famille, elle cuisine pour ses enfants. L’autre habite à Nantes et vit de prana depuis maintenant huit ans. Tous deux vivent intensément dans le cœur. Henri Monfort organise des sessions de 21 jours pour mettre en place la nourriture pranique. Il insiste sur l’alignement des corps physique, émotionnel, mental et spirituel pour accomplir cette mutation ontologique et définit trois critères de réussite : une division par deux du temps de sommeil, la sensation d’avoir une grande énergie et la stabilisation du poids corporel. La plupart des personnes ayant réussi le changement de nourriture l’ont fait progressivement en devenant végétariennes puis crudivores et enfin praniques. Et puis il y a le cas étonnant de ces jeunes artistes « respiriens » en Equateur, Camila et Akahi, qui viennent de mettre au monde une petite fille[5]….

 

Ce qu’il y a de remarquable, c’est que ce phénomène soit mondial et indépendant des philosophies, des religions et des pratiques spirituelles. Certains y sont arrivés spontanément en réalisant soudain qu’ils ne pouvaient plus manger de nourriture, d’autres en pratiquant le processus de 21 jours proposé par Jasmuheen, d’autres encore par de longues pratiques de chi kong et des exercices respiratoires assidus.

 

Ce qui est remarquable c’est que pour la première fois dans l’histoire de l’humanité certains spécimens de notre espèce rompent le cercle mortifère où la vie doit se sustenter de la mort des autres espèces. Ici la vie se nourrit de la vie.

 

Et la légèreté, la liberté, la souplesse et l’ouverture du cœur l’emportent sur les autres considérations.

 

La chose semble si simple et si incroyable que la presque totalité des scientifiques et l’immense majorité du public adoptent une attitude de déni face à l’évidence[6] ! Tout se passe comme si la conscience ordinaire ne voulait ou ne pouvait pas voir la mutation en cours qui bouleverse radicalement cent mille ans de croyances : il faut manger de la nourriture solide pour vivre. Cela pose évidemment une question aujourd’hui sans réponse : comment font donc les cellules pour se nourrir uniquement de prana ?

 

Après les tentatives collectives avortées, ou en voie de l’être, du national-socialisme, du communisme et de l’homme bionique, après la réussite individuelle des respiriens chez quelques spécimens de l’espèce humaine tout autour de la planète, existerait-t-il d’autres signes avant-coureurs qui nous indiqueraient que la grande mutation de l’être humain est en cours ?

 

On sait que la radioactivité est corrélée avec le symbolisme de Pluton. La première réaction nucléaire réalisée en laboratoire le fut à la veille de la découverte de la planète, par le scientifique Allemand Otto Hahn en décembre 1929 ; les accidents de Tchernobyl et de Fukushima éclatèrent lorsque Pluton avait une position remarquable dans le ciel : son entrée en Scorpion en avril 1986 au demi-carré d’Uranus puis en Capricorne au carré de cette même planète en mars 2011. Deux zones d’exclusions s’ensuivirent, redonnées à la nature et donc libres de la pression de sélection liée à la présence de l’espèce humaine.

 

Comment lire symboliquement ces événements ? Est-ce le signe que le moment est venu d’intégrer psycho-spirituellement ce que la matière radioactive réalise objectivement, à savoir les trois caractéristiques de la radioactivité : l’émission spontanée de lumière, la transformation de l’état de la matière et une manifestation physique a-causale[7] ?

 

Mais n’est-ce pas cela que vivent les respiriens contemporains ? Ils se nourrissent de lumière, ils ont radicalement changé les habitudes plurimillénaires du corps humain et se laissent guider par les synchronicités de leur existence. Alors, plus besoin de « zones d’exclusion » pour libérer la planète de la voracité humaine puisque l’agro-alimentaire n’aura plus lieu d’être, pas plus que les industries pharmaceutiques et le modèle consumériste qui est le plus souvent une consolation compensatoire liée au faible alignement entre les corps physique, émotionnel, mental et spirituel de l’homme. 

 

Certes, la planète est malade car de nombreuses espèces disparaissent à une vitesse vertigineuse. Et la race humaine arrive au terme d’un long développement psychologique et social qui n’a, aujourd’hui, pas d’autre horizon qu’un mur opaque : celui de la bourse. Pourtant la Nature et l’âme du monde ont plus d’un tour dans leur sac. Les grandes catastrophes écologiques, rarissimes dans l’histoire longue de la planète, cinq ou six seulement, permirent à chaque fois l’explosion de la vie et la floraison de nouvelles espèces. Le seul défi réel est de savoir si nous saurons accompagner consciemment ce passage historique en choisissant de devenir une nouvelle espèce, ou si la pression des événements sera l’aiguillon de notre métamorphose vers un monde où l’espace sera sacré et où le temps de la causalité sera dissous.



[1] World Wildlife Fund, http://www.wwf.fr/

[2] Luc Bigé, Prométhée, la sublime irrévérence (Janus).

[3] Luc Bigé, Les sept jours de la création d’Israël (Janus).

[4] Voir également les entretiens diffusés par la chaîne de télévision Internet http://suprememastertv.com/fr/bmd/?sca=bmd3 au mot clef « breatharianism » (sous-titrés en 42 langues dont le français).

[5] Tous deux se nourrissent uniquement de prana depuis plusieurs années. Si le corps peut vivre normalement dans ces conditions il peut également enfanter, comme le montre leur témoignage diffusé sur YouTube : http://pranique.com/video/tuavucevideo-camilacastilo-enceinte.html

[6] Dans le même ordre d’idée, mais à un degré moindre, un journaliste écrivait un jour dans un grand mensuel français, à l’occasion d’une enquête sur l’Inde, que Saï Baba, disait-on, transformait des objets en cendres. On sait qu’il n’en est rien puisqu’il matérialise, entre autres choses, de la vibuti, cette « cendre » qui les Indiens de l’ashram utilisent pour souligner l’espace du troisième œil. Tout se passe comme si la pensée de la matérialisation lui paraissait si impossible que, en une sorte de déni inconscient, il avait transformé le phénomène en quelque chose de supposé plus acceptable car observable dans la nature : réduire des objets en cendres. Pourtant des milliers de personnes, dont l’auteur de ces lignes, ont pu observer la création de vibuti et en ramener un peu chez eux !

[7] Voir l’article de Hubert Reeves dans l’ouvrage collectif  La Synchronicté, l’âme et la science (Albin Michel). 

Par Luc Bigé - Publié dans : symbole et sens
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Mardi 5 avril 2011 2 05 /04 /Avr /2011 14:49

 L’astrologie

 

 

 

 

L’astrologie est infiniment plus qu’une technique capable de parler de la personne et, éventuellement, des événements qui ponctuent sa vie. C’est avant tout, à nos yeux, une philosophie pratique qui a le mérite de relier l’abstrait avec le concret, l’archétype avec la vie quotidienne et le sens avec l’événement. C’est pourquoi un thème astrologique se déploie à la fois sur les plans métaphysique (le sens de l’existence), psychologique (la connaissance de soi) et pratique (sa mise en œuvre dans sa vie). Souvent les écoles d’astrologie se spécialisent dans l’une ou l’autre de ces approches alors que celle-ci entrent en permanence en résonance les unes avec les autres. Les événements qui m’arrivent me parlent de qui je suis sur le plan psychologique. Ce « qui », à son tour, sert de véhicule pour l’expression des forces transpersonnelles présentes à la source de toute poésie et de toute création.

 

Certes, la prédiction des événements à partir du thème natal est possible. Encore faut-il se demander quel sens cela peut avoir. Trop souvent la prédiction sert à figer la conscience dans l’attente ou dans l’angoisse de ce qui est supposé advenir. Ce serait alors faire une astrologie enfermante qui focalise l’attention du consultant sur une forme événementielle au risque d’éclipser l’élargissement de conscience que cet événement pourrait produire. D’une manière un peu provocante nous disons souvent que le monde extérieur n’existe pas. Il est simplement le reflet de nos plus intimes pensées. Tout ce qui nous arrive – une rencontre, un changement professionnel ou une maladie -  pourra alors être lu d’une manière symbolique car cet « événement » est un sens refusé qui s’est cristallisé dans une forme objective. Lorsque ce sens est intégré dans la conscience l’événement n’a plus lieu d’être, ou, en tout cas, ne pose plus de difficultés. Chaque situation extérieure devient alors un vivant miroir de nous-même qui nous aide à grandir, c’est-à-dire à devenir ce que l’on est. Le rôle de l’astrologue ne devrait pas être, dans ces conditions, de prévoir un événement mais de montrer en quoi cette situation peut se produire et se produira si sa signification profonde n’est pas perçue par avance. C’est ainsi que l’astrologie prédictive pourra enchaîner sur la seconde fonction de la lecture du thème : la connaissance de soi

 

L’interprétation psychologique du thème natal ne remplace pas un travail thérapeutique. Si la lecture du thème entraîne des prises de conscience, l’expérience montre que celles-ci sont souvent recouvertes par le retour dans la vie quotidienne. Par contre, la lecture astrologique  peut avantageusement accompagner un travail thérapeutique en dirigeant l’attention de la personne vers la nature de ses mémoires de souffrance, mais aussi vers ses dons et ses qualités particulières pour l’aider à déployer sa nature profonde. De plus, le thème dira le type de travail de développement personnel le plus adéquat, et le meilleur moment pour l’accomplir. 

 

Descendre au cœur de soi-même ouvre sur les autres et sur le monde. Non d’une façon conventionnelle et culturelle, mais par la voie du cœur. C’est là toute la thématique du mythe de Narcisse qui décrit avant tout un processus de connaissance de soi. Aller au fond de son unicité ouvre à grand battant les portes de l’universel. A ce moment-là l’astro-psychologie devient une astro-mythologie et la question « comment puis-je réussir ma vie et développer mon potentiel ? » devient « comment puis-je accomplir mon destin et réussir la mission de mon âme ? ». Les grands mythes comme Prométhée, Icare ou Narcisse nous proposent une sorte de mode d’emploi de développement spirituel en nous mettant en garde contre les pièges du chemin. Le thème natal est alors utile pour connaître notre (ou nos) mythe fondateur. Nous entrons ici dans l’astrologie de la Lune Noire qui décrit comment l’universel s’incarne avec ferveur et intransigeance dans une personne particulière.

 

Ce contact direct avec l’étincelle divine en soi, ce plan métaphysique de l’être, ouvre encore un nouveau chemin : la contact avec l’anima mundi, l’âme du monde. L’astrologue qui s’engage dans cette exploration pratique ce qu’il est convenu d’appeler l’astrologie mondiale. Ici encore, la prédiction des événements mondiaux ne devrait être que la conséquence d’une philosophie et d’une vision, elle ne peut pas être un fin en soi. L’astrologie mondiale questionne le sens dans l’Histoire (et non pas le sens de l’histoire) et, pour le formuler comme cela, décrit les rythmes d’incarnation de l’âme du monde sur la Terre au moyen des communautés humaines. Ce n’est pas l’histoire qui a crée les mythes, mais les mythes qui produisent l’histoire. Ce sujet est en réalité d’une extrême importance. Mieux le comprendre nous permettrait, enfin, de prendre collectivement en main les conditions de notre futur, plutôt de que vivre dans une civilisation chaotique qui avance sans direction ni but.

 

L’astrologie est une science du sens qui fonde sans jamais les figer des systèmes de valeurs. C’est un langage composé de symboles qui nous facilite cette grande traversée qui va du questionnement sur des événements particuliers à notre existence jusqu’à la compréhension des grands défis de l’histoire du monde, en passant par le développement personnel et le questionnement spirituel. Cela peut paraître extravagant, mais la raison en est simple : la nature n’obéit pas seulement à des lois mécanique, elle fonctionne aussi comme une unité où événements, psychologie, transcendance et Histoire s’interfécondent en permanence. Cette unité est ordonnée par la pensée analogique qui est précisément celle qu’utilise l’astrologie et, plus largement, les systèmes symboliques.

 

 

 

Par Luc Bigé - Publié dans : Astrologie
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