Jeudi 19 avril 2012 4 19 /04 /Avr /2012 21:11

Voici une vidéo-conférence sur l'analyse symbolique du mythe de Narcisse donnée à l'Institut Cassioppée en février 2012 

Une saddhana pour l'exploration intérieure !

Luc Bigé

Par Luc Bigé - Publié dans : Mythologie
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Vendredi 9 mars 2012 5 09 /03 /Mars /2012 13:28

Vénus et Jupiter, quel royaume ?

 

 

Les planètes sont les représentants visibles des archétypes qui animent et construisent la psyché. On peut les aimer ou ne pas les aimer. Mais cela ne renseigne au fond que sur les présupposés de celui qui les apprécie ou les déprécie. Ainsi, longtemps, le vieux Saturne fut collectivement assombri par un monde fondé sur le principe d’autorité, de peur et de limitation. Aujourd’hui ses valeurs sont appréciées par de nouveaux termes comme « sobriété heureuse » ou « autonomie individuelle ».

 

Un archétype est un mélange d’ombre et de lumière… l’ombre ayant cet immense avantage sur la lumière de promettre une longue et puissante évolution au psychisme. Quelle évolution envisager en effet lorsque tout est dans la lumière, lorsque règne un état de perfection ?

 

Quelles sont alors les ombres de Vénus et de Jupiter ? Et comment les réorienter vers la clarté d’une conscience élargie ?

 

Jupiter, pour reprendre le mot de Joëlle de Gravelaine, est une « enflure ». Cet archétype qui donne de l’expansion à tout ce qu’il touche peut aussi gonfler démesurément le moi au risque de la mégalomanie. Il va également donner une forte impulsion de croissance à l’ombre des autres planètes au risque de la haine, comme le suggère par exemple une conjonction Jupiter-Lune en Scorpion qui complique singulièrement les relations avec le côté maternel. 

 

Et Vénus ? Que cache son amour, sa sensualité et ses artifices ? L’Aphrodite grecque, nous le savons tous, a pour objet emblématique une « ceinture » magique auquel nul mortel ne résiste. C’est une divinité lieuse comme son mari Héphaïstos, l’artisan divin qui fabrique les bijoux des déesses et les armes des dieux. Or, dans la tripartition dumézilienne, le lien est le symbole de la souveraineté[1]. N’est-ce pas là le désir secret du « vénusien » et de la « vénusienne » : régner ?

 

Vénus-Aphrodite et Jupiter-Zeus sont deux planètes régnantes. La première par son charme qu’il faut entendre au sens moyenâgeux de « pouvoir magique » et la seconde par son statut officiel de maître de l’Olympe chargé de rendre la justice coutumière. Toutes deux se réfèrent, respectivement, par exaltation et par maîtrise, au signe des Poissons qui clôt le cycle zodiacal. Or ce signe contient à lui seul la totalité du zodiaque et bien plus encore : « ce Poisson-là se sentira entraîné à réaliser son accord avec le monde de l’immense, son adhésion au grandiose, et, par une sorte de dilatation totale de lui-même, d’osmose avec l’ensemble de l’univers, il opérera une fusion parfaite avec l’infini[2] ». Vénus et Jupiter ouvrent les portes du mysticisme des Poissons.

 

Par-delà leurs valeurs mondaines habituellement admises, nous allons explorer « les dessous » de Vénus et de Jupiter en suivant deux fils conducteurs. Le premier est astronomique, il se réfère au mouvement rétrograde de la planète ; le second est mythologie et concerne la vie des dieux.

 

Une parenthèse astronomique

Lorsqu’une planète rétrograde elle dessine une boucle dans le ciel. Elle semble remonter le zodiaque dans le sens horaire et, ainsi, revenir sur ses pas. Symboliquement, elle fait deux choses importantes : elle va contre le mouvement du soleil et elle emprunte la voie des étoiles puisque le zodiaque tourne de 1°/72 ans dans le sens horaire sur le fond des constellations.  En « revenant vers le Soleil » la planète rétrograde épouse le mouvement des étoiles « fixes ». Elle revient vers le Soi (le Soleil) et « touche du doigt » les mouvements des grandes forces métaphysiques qui animent l’inconscient collectif (les étoiles). Alors un long travail dans l’invisible se prépare, loin des projecteurs aveuglants qui illuminent les scènes du monde extérieur. Au plus haut niveau, la rétrogradation nous offre l’opportunité de contacter notre Etoile en tirant sur le fil invisible, mais bien réel, qui nous relie à Elle. Notre « Etoile » ? C’est là une manière symbolique d’exprimer la présence des archétypes qui « jouent » au cœur de tout être humain, de dire ces forces signifiantes qui, à travers la personne, cherchent à accomplir un besoin de l’univers à un moment donné de son histoire : l’instant présent.

 

Lorsqu’une planète rétrograde, la fonction psychologique qu’elle désigne tente de toutes ses forces de se dégager  des oripeaux  du convenable et du convenu pour retrouver l’inspiration de son âme. Elle aspire secrètement à la lumière, elle qui semble si engourdie dans son expression par le poids d’un passé karmique et/ou transgénérationnel[3].

 

Dans un premier temps, une planète rétrograde s’obstine à répéter les mêmes schémas de comportements, sans s’en rendre compte. Avec Vénus des attachements amoureux incompréhensibles se suivent et se ressemblent, avec Jupiter le sentiment douloureux d’un destin unique à accomplir terrasse la personne. Longtemps les porteurs de planètes rétrogrades se sentent déconnectés de ce monde dit « normal », de cet univers que les autres prétendent « réel ». Ils observent un monde traversé par des valeurs superficielles, molles et fades (Vénus), ou encore une société mondaine et gaspilleuse (Jupiter) ! Ils pressentent que les véritables barricades sont intérieures, qu’il s’agit non pas de les défendre mais plutôt de les dissoudre afin que le grand courant de la Vie irrigue de sa joie sans mélange une humanité débarrassée de ses illusions idéologiques, égotiques et matérialistes. Les planètes directes cherchent à changer le monde par un « non ! » tonitruant adressé à d’insupportables injustices ; les planètes rétrogrades comprennent la force révolutionnaire d’un « oui » ouvert sans restrictions à la vérité du moment, cette vérité qui sourde à l’intérieur de l’être et le bouscule.

 

La conjonction entre deux planètes, ou soleil/planète, est assimilable à un  « état naissant». Lorsque deux individus « tombent » amoureux, ou lorsqu’un mouvement social (une association, une entreprise, un groupement politique…) se crée, apparaît d’abord cette période de communication fluide, créative et confiante, qu’Albéroni a appelé l’état naissant[4] . Cet état est ressenti comme fusionnel, non seulement sur le moment, mais aussi longtemps après. La période de rétrogradation qui marque l’opposition Soleil/Jupiter et la conjonction inférieure Soleil/Vénus ont pour fonction, entre autres choses, de nettoyer les mémoires de souffrance qui ont recouvert l’état paradisiaque des débuts et nous ont éloigné de cette conscience des origines.

 

Les rétrogradations représentent des moments de réajustement entre une partie de l’individu (la planète qui rétrograde) et les besoins de la Vie (les étoiles). Entre les deux il y a la conscience (le Soleil), une conscience qu’il va falloir transformer en la débarrassant des ses vêtements usés. En d’autres termes, la personne s’est longtemps construite une identité à partir des rencontres incessantes entre son histoire particulière et son potentiel de naissance. Mais répond-elle encore à l’appel de la Vie ? Est-elle encore à l’écoute de son programme intérieur ? Est-elle prête à accomplir son destin malgré les incompréhensions et les résistances du monde extérieur ? Ce sont ces questions que posent les rétrogradations.

 

Une parenthèse mythologique

Il serait réducteur de limiter la fonction « Vénus » à son habituel désir de plaire, à l’expérience sensuelle et aux systèmes de valeurs élaborés à partir de l’expérience de ce que la personne (ou sa communauté) aime et n’aime pas. Fille d’Ouranos, elle est née du sang d’une blessure de castration imposée au premier dieu par son fils, Saturne-Cronos. L’organe coupé chût dans la mer et se mélangea à l’écume des flots. C’est ainsi que naquit la déesse de la beauté et de l’amour.  Dans les veines d’Aphrodite coule le feu vivifiant du « Ciel Etoilé » (Ouranos). Sa puissance de création, elle la tient directement de son père céleste. Aphrodite, déesse indépendante, n’en fait qu’à sa tête et n’a de comptes à rendre à personne. Elle tutoie les étoiles et, dans le monde, rêve de devenir une star. Les « dieux », c’est-à-dire les conditionnements collectifs générés par l’histoire et par les croyances religieuses ne sont que les vagues cousins de la déesse de la beauté. Cette divinité a su rester « vierge » au sens grec : une « femme » libre qui choisit sa vie et ses amants. L’« étoile des mages » est inscrite en filigrane dans la mythologie Grecque puisque le berger Pâris lui offrit la pomme qui devait la désigner comme la plus belle des Déesses. Il suffit en effet de couper le fruit dans le sens non conventionnel, le long de sa partie enflée, pour voir aussitôt apparaître une étoile à cinq branches formée par la distribution des pépins au cœur de la chair. Ce symbole est riche en significations, disons simplement qu'il associe la beauté avec la connaissance, le pouvoir avec la conjonction des opposés (le « mariage »). Pour Vénus « connaître » c’est « co-naître », littéralement « naître avec », afin que l’homme naisse à sa nature profonde en se désidentifiant du jeu de ses sens, de ses désirs et de ses aversions. Bouddha, dont la tradition affirme qu’il naquit, fut illuminé et mourut au moment de la pleine Lune du Taureau, emprunta ce chemin pour réaliser la nature essentielle de l’homme.

 

Le pouvoir de Vénus

Le mouvement des rétrogradations de Vénus observé depuis la Terre est si remarquable qu’il est difficile de ne pas le préciser ici. Il permet de comprendre pourquoi cette planète est symboliquement associée à l’harmonie, la beauté, la musique, le charme, la magie, la toute-puissance et la « co-naissance » spirituelle.

 

Il dessine une étoile d’or :

images

La longueur de corde AC divisée par le segment AB donne Phi, le nombre d’or.

 

Les angles de 72° et de 144° qui forment une étoile de Vénus idéale sont également reliés mathématiquement au nombre d’or. Il faudrait donc regarder un peu en détail les fleurs, les architectures, les coquillages, les plantes, les structures génétiques et les minéraux qui organisent leur géométrie autour du nombre d’or. Tous relèvent symboliquement des valeurs de Vénus et sont, en quelque sorte, la manifestation de cet archétype et de ses hardiesses dans les différents règnes de la nature. Ils affirment à leur manière le secret de la planète qui nous rappelle que la beauté est une voie de « co-naissance » mais qu’il faut, pour y accéder, suivre le difficile et dangereux chemin du pouvoir « magique »[5].

Pourquoi la beauté ?

Parce que l’harmonie est essentiellement une question de rapports. Le rapport idéal étant le nombre Phi : 1,618…. Dans les mondes objectifs, ces rapports sont mathématiques et permettent de codifier ce que nous considérons comme le summum de l’harmonie : la musique. L’intervalle de quinte (3/2) est le premier rapport de la suite de Fibonacci et aussi la relation astronomique qui relie la Terre à Vénus. L’intervalle de sixte (8/5) est le second rapport de la suite de Fibonacci et également la relation astronomique qui permet de construire l’étoile d’or. Dans les mondes intérieurs, ces rapports s’appellent des « valeurs » et des « relations ».

Pourquoi le « pouvoir magique » ?

Parce que l’étoile est aussi un pentacle, c’est-à-dire un talisman. Suivant son orientation, il pourra servir, affirme la tradition magique, la voie de la main droite ou celle de la main gauche. D’une manière générale le pentacle représente une puissance occulte universelle. Il manifeste des idées ou des êtres idéaux. Il est censé faire entrer son porteur en « résonance » avec la puissance qu’il figure. Les aspects appartenant à la famille du décile (décile : 36°; quintile : 72°; tridécile : 108°; biquintile : 144° et opposition : 180°)se réfèrent tous à l’étoile magique. Côté ombre, ils apparaissent dans des thèmes de criminels, de victimes de violences, de révolutionnaires (Robespierre) et de dictateurs charismatiques (Hitler). Côté lumière, la famille du décile se remarque dans les thèmes de génies créateurs comme Nicolas Tesla, Albert Einstein, Wolfgang Amadeus Mozart et Jules Vernes. Le chiffre 5 (quintile) se rapporte à l’application consciente de la volonté pour une métamorphose radicale (8). Point d’états d’âme ni de réflexion posée mais le goût d’en découdre en utilisant la puissance des idées. La connaissance devient du pouvoir. Du point de vue cyclique cette étape permet, pour la première fois, l’émergence consciente de l’idée qui soutenait l’intensité de la conjonction. La forme mentale abstraite (du point de vue de l’homme) qui était au cœur du commencement se révèle sans voiles ni pudeur. Le germe enfoui dans la semence commence à vibrer. Ces aspects sont parfois difficiles à vivre, pour soi comme pour les autres, en raison de leur caractère disruptifs et intellectuellement bouleversants. Tout se passe comme si une parcelle du pouvoir du monde magique faisait irruption dans la conscience individuelle et lui montrait comment les deux planètes ainsi reliées pouvaient fonctionner autrement, toujours autrement. Vu de l’extérieur, il existe une intense revendication de liberté et un refus viscéral de toutes contraintes, accompagnés d’une vision unidirectionnelle très spécialisée. Maîtrisée, cette énergie de renouveau très individualiste qui n’est autre, du point de vue spirituel, que la volonté de l’Esprit d’orienter les aspirations de la personne, confère à l’individu tout son génie créateur. Conscient de la forme idéale, l’homme l’incarne dans une réalisation concrète. Cela suppose bien sûr une lecture platonicienne du réel. Pour le philosophe, les Idées sont des « formes » ayant une existence autonome dans l’invisible[6]. « Co-naitre », c’est se laisser contacter puis habiter par ces Idées-là. Ainsi fit Mozart qui “entendait” sa musique avant de la matérialiser sur le papier. Inutile de dire que ces aspects, le quintile notamment, ne sont pas faciles à gérer en raison de l’énergie qui surgit lorsque le créateur se laisse « toucher » par les Idées-forces. Tout dépend de la structure du moi et de sa stabilité pour accepter puis canaliser ce « pouvoir mental[7] » qui se déverse à travers lui. Cela va des troubles nerveux du cerveau jusqu’au véritable génie créateur, en passant par une affirmation péremptoire et pressée des idées que la conscience humaine commence à, littéralement, toucher. Si l’individu n’est pas encore polarisé mentalement il risque une activité physique sans repos. Idéalement le genre d’activité des deux planètes en quintile représente les attitudes qu’il nous faut révolutionner en nous laissant féconder par le pouvoir des idées. Ce ne sont pas ici de simples mots destinés à stimuler l’imagination mais une réalité puissante, vécue intérieurement par l’individu. Centré sur le 5, sur la conscience mentale, il devient alors à même d’exprimer son véritable génie créateur. Sans doute faut-il voir ici l’origine du pouvoir magique des pentaclescapables d’amener à manifestation une idée ou un désir.

Notons que le décile (36°), le pas de base du mouvement de Vénus dans le firmament,  est moins axé sur le pouvoir que le quintile. Il exprime un talentspécifique à la personne, quelque chose de génial qu’elle possède en elle et qu’elle exprime avec aisance et sans heurts. En un mot, les 16 pas de 36,5° du cycle synodique de Vénus nous racontent comment un talent latent émerge, grandit, s’épanouit, s’impose et finalement transforme les valeurs d’un Monde. Ce talent pourra être personnel, comme un don artistique ou une manière particulière d’aimer, mais il pourra aussi concerner les valeurs collectives. C’est pourquoi, nous allons le voir, des hommes politiques d’envergure furent marqués par Vénus rétrograde.

Vénus nous rappelle sans cesse que la beauté est aussi du pouvoir. Wagner, avec sa conjonction supérieure Soleil (1° Gémeaux)/Vénus (30° Taureau) en maison XII à une encablure de son Ascendant (2° Gémeaux) ne le démentira pas[8] !  L’esthétique de l’Étoile du Berger rappelle que l’adéquation entre la forme et l’archétype crée un contact irrationnel, certes, mais extrêmement puissant qui produit le charme et la fascination. L’étoile d’Or manifeste dans la nature à la fois l’harmonie des mondes - ces liens de « sympathie » que décode la pensée analogique - et la force de l’intelligence de la vie qui s’est déployé depuis la première algue brune jusqu’à l’Homme. Côté ombre, les grands rituels publics organisés par le Troisième Reich entre 1933 et 1939 ont marqué l’Histoire du sceau d’une beauté et d’une harmonie mise au service de la manipulation psychique et de la terreur. 

 

Bien que cela n’aie pas la valeur d’une enquête statistique, il semble qu’un certain nombre d’hommes politiques aient une Vénus qui rétrograde au moment de leur naissance. A priori y trouver des artistes eut été plus évident. Une fois encore il faut, en astrologie, se méfier de la forme de l’événement. Celui-ci est au mieux donné par l’ensemble du thème. Pour l’exprimer d’une autre manière, le signe de la Vierge, par exemple, ne prédispose pas à la « médecine » car il faut, pour qu’une médecine soit complète, au moins douze manières de la servir, correspondant aux divisions du zodiaque. Par contre, s’il y a bien douze façons de guérir, celle de la Vierge passe par les soins infirmiers, l’hygiène, l’alimentation et le bistouri. Dans une société technique de type « virginienne » ces modes opératoires sont facilement, et à tort, considérés comme des universaux. Mais on peut aussi guérir par la philosophie et le sens partagé (Sagittaire), la foi (Poissons), la parole (Gémeaux), l’art (Taureau), l’écoute (Balance), un coup de pied au fesses (Bélier), la construction de sa maison ou l’ostéopathie (Capricorne). Réduire l’astrologie à « l’objet », c’est toujours un peu la trahir en éliminant la possibilité que le sens trouve d’autres voies d’expression que ceux qui se moulent dans les conditionnements sociaux dominants. En astrologie ce sont plutôt les maisons qui signent la nature des événements car ils correspondent très précisément à des champs d’expériences. La maison II pour l’action physique, la VI pour le soin énergétique, la VIII pour l’aide psychologique et la XII pour la guérison par la prière. Mais ici aussi la généralisation est risquée.

 

Vénus rétrograde n’appartient ni aux artistes, ni aux hommes politiques, ni aux amoureux en quête d’une manière inédite d’aimer : elle nous signale que cette personne-là cherche de nouvelles valeurs et en deviendra le porte flambeau par l’exemple même de sa vie. Parmi les homme politiques, ceux qui ont une Vénus rétrograde se définissent comme porteurs de valeurs nouvelles. Parmi les artistes ceux qui ont une Vénus rétrograde sont habités, dans leur cœur, par une manière très personnelle de contacter l’art. Parmi les personnes focalisées affectivement ceux qui ont Vénus rétrograde explorent des voies amoureuses inédites et souvent conspuées par le monde des « bien-pensants ».

 

Adolf Hitler est un bon exemple des trois catégories cumulées. Homme de conviction habité par des valeurs (que l’on peut, certes, ne pas aimer !!!) il tenta d’imposer sa vision du monde par la guerre (conjonction exacte de Vénus rétrograde à Mars). Mais on connaît aussi ses qualités d’artiste, son attitude pour le moins ambiguë envers sa nièce qui finit par se donner la mort, et son mariage inattendu avec Eva Brown la veille de leur suicide, alors que les armées Alliées scellaient la disparition du Troisième Reich. Pour connaître la nature des « valeurs » il est utile de noter le Symbole Sabian de la Vénus de naissance. Celle du Führer se posait sur le 17ième degré (16°42’) du signe du Taureau :  « un combat symbolique entre « sabres » et « torches ». Nécessité de prendre conscience de l’opposition inévitable entre les forces cosmiques ou psychiques et de s’engager dans leur duel constant »[9]. Outre sa conjonction à Mars, cette Vénus porte des valeurs de combat et de tensions intérieures qui se projetèrent sur le monde extérieur avec l’ampleur que l’on sait. La conjonction Vénus-Mars est maîtresse d’un ascendant situé dans le signe de la Balance. Par conséquent cette thématique du combat entre « torches » et « sabres », entre la lumière et les forces de destruction, habite pleinement le personnage d’Hitler. Le dernier conflit mondial ne fut pas une guerre « ordinaire » mais un combat sans merci entre deux conceptions du monde. Ce fut en réalité une tentative d’irruption du monde magique et de ses pouvoirs dans ce qui était alors le fleuron de la civilisation européenne, l’Allemagne du début du XXe siècle. Dans le camp des Alliés, Charles de Gaulle est un bon exemple d’une autre Vénus rétrograde en politique avec, lui aussi, un ascendant dans le signe de la Balance. L’étoile du berger se situe sur le 19ième degré (18°13’) du Sagittaire et en maison III. Le symbole Sabian précise qu’ « un groupe de pélicans quittent leur milieu menacé par l’industrie du pétrole ». « Instinct de survie, nécessité d’établir des conditions de sécurité[10] ». Notons qu’au moment de l’appel du 18 juin 1940 Vénus était rétrograde à 10° du Cancer, réactivant ainsi l’étoile natale du Général.

 

Une Vénus directe, maîtresse d’un ascendant Balance, est réputée diplomate, à l’écoute des autres, prête à chercher un compromis en toutes choses. Or, et c’est peu de la dire, ce ne fut le cas ni de Hitler, ni de De Gaulle, ni de Churchill qui avait lui aussi une Vénus natale rétrograde. C’est que, du fait de la rétrogradation, la personnalité est tellement habitée pas ses valeurs qu’elle a du mal à considérer celles des autres autrement que d’une manière très lointaine. Elle est comme hantée par une force du monde magique, fascinée par elle : un combat cosmogonique entre l’ombre et la lumière pour changer radicalement les valeurs de l’humanité chez le maître de l’Allemagne nazie ; la conscience aiguë et non négociable de la sécurité nationale française avec, entre autres, le choix du nucléaire militaire et le rejet de l’ingérence américaine à travers l’OTAN, dans la politique du fondateur de la Ve République.

 

Jupiter, flirter avec les dieux et les déesses

A Jupiter est associé la figure du maître spirituel puisque son modèle mythique, Zeus, règne sur l’Olympe. Toutes les autres divinités se plient à sa justice et observent scrupuleusement ses décisions. On connaît par ailleurs ses multiples incartades à la morale et son goût pour les aventures amoureuses. Ceci est assez vrai du reste dans la lecture du thème astrologique puisque le « jupitérien » est à la fois le défenseur de l’ordre social et un « coureur » qui aime fréquenter d’autres cercles pour enrichir le sien. Ce ne sont pas seulement les aventures avec l’autre sexe qui le séduisent, mais tout ce qui pourra élargir ses horizons. L’archétype relatif à Zeus-Jupiter a pour tâche relier ces tendance opposées : être fidèle à Héra (« protectrice ») en protégeant les siens, et s’ouvrir sans cesse d’une manière participative au monde extérieur (ses « aventures amoureuses »).

 

Le grand olympien manie la foudre qui tétanise. Jupiter appartient, comme Vénus, à la première fonction dumézilienne : le pouvoir. Mais, si Aphrodite s’est spécialisée dans l’usage du pouvoir magique (les « charmes »), Zeus utilise son autorité en pleine lumière. Il s’apparente à la seconde facette de la fonction de souveraineté : le juriste qui unit par les liens du contrat.

 

Notons au passage que la Balance, le signe du mariage amoureux , est sous la régence de Vénus. Alors que celui du mariage religieux  ou civil est en relation avec Jupiter et le Sagittaire.

 

Lorsque la planète rétrograde, le moment est venu d’observer en toute conscience la source de ce pouvoir. Celui-ci est, dans un premier temps, difficilement soutenable. La mésaventure de Sémélé (« Lune ») en témoigne.

 

Un jour, Zeus, pour séduire Sémélé, se fit homme. Mais Héra était jalouse. Elle ne supportait plus depuis longtemps les nombreuses incartades de son mari. La jeune fille Lune était enceinte depuis six mois déjà lorsqu’elle rencontra une vieille dame qui lui dit à peu près ceci : « Comment sais-tu que ton amant n’est pas un monstre ? Si j’étais toi, je lui demanderai de reprendre sa forme véritable afin de bien m’en assurer ! ». Lune ignorait bien sûr qu’elle venait de rencontrer Héra dissimulée sous une métamorphose. Taraudée par le doute, elle ne tarda pas à suivre le perfide conseil et, le soir venu, elle demanda à son amoureux de dévoiler sa véritable identité. Prudemment, celui-ci refusa. Blessée par cette rebuffade Sémélé décida de rester portes closes et de refuser sa couche à son amant. Alors Zeus, mu par une immense colère, apparut soudain dans toute sa gloire… et le palais où vivait la jeune fille enceinte du petit Dionysos s’écroula sur elle. L’olympien fit aussitôt retirer l’embryon du brasier fumant et l’installa confortablement dans sa cuisse afin qu’il poursuive une gestation « normale ».

 

Sémélé représente celui ou celle qui vit prématurément une expérience spirituelle bouleversante. Elle n’est pas prête à voir « dieu en face ». Alors, toute la structure de sa personnalité (son « palais ») s’effondre d’un coup, menaçant la survie l’enfant divin qu’elle porte dans son ventre. Mais cette expérience a mis la personnalité en contact avec quelque chose de vivant en elle : le jeune Dionysos embryonnaire. Cette vie n’est pas biologique : elle appartient à la sphère du sacré puisque l’Enfant est le fils de Zeus. Il apportera plus tard aux hommes le cep de vigne et le vin de la communion, l’ivresse qui surgit d’un contact direct avec le monde du Mystère. Le danger serait de vouloir observer l’archétype (« Zeus », le dieu des dieux !) dans toute sa gloire, de contacter directement la force signifiante inspiratrice alors que le moment n’est pas encore venu, alors que la personnalité « lunaire » est encore trop fragile. Dans sa candeur, Sémélé doute que Zeus soit bien Zeus. Une naïveté mêlée d’un orgueil intransigeant : elle exige de le regarder en face à face. Ces personnes qui vivent prématurément une expérience spirituelle bouleversante ne s’en remettent parfois que difficilement car leur « palais » s’écroule, car tout ce a quoi elles ont cru jusqu’à présent s’effondre. Deux forces contraires ont entraîné « Lune » à forcer l’expérience spirituelle : le doute et l’orgueil. D’un côté Sémélé ne donne pas toute sa confiance à son amant et, de l’autre, elle imagine que, peut-être, elle pourra regarder dieu comme une égale, les yeux dans les yeux. Alors tout s’écroule. Alors ses espoirs, ses construction mentales et sa vie disparaissent dans un grand brasier.

 

Afin d’éviter autant que possible le drame de Sémélé-Lune  l’être a pour tâche de se préparer avant de contacter directement l’archétype. C’est à cette préparation que la rétrogradation de Jupiter contribue.

 

Un jour, une femme avec Jupiter rétrograde dominant dans son thème de naissance vint me trouver et me dit « Je semble ne pas avoir de chance dans le monde extérieur alors que tout le monde me dit que Jupiter est une planète bénéfique, je ne comprends pas ! ». Enfant, avec un Ascendant en Poissons, elle s’était toujours sentie en lien avec le monde spirituel, elle vivait avec les anges, très concrètement. Ce contact disparut avec l’adolescence puis revint beaucoup plus tard lorsqu’elle commença à méditer.

 

« Je suis mon propre guru, mon propre maître intérieur » disait encore notre Ascendant Poissons qui naquit avec Jupiter rétrograde. Et puis toute rétrogradation suppose une souffrance du fait de la distorsion entre le réel et le possible, entre ce que propose la vie dite « normale » et ce que perçoit naturellement comme possible la personne plongée dans sa vérité intérieure. Ici Jupiter se trouve dans la maison XI : il s’agit de la désillusion d’avoir participé à un groupe qui ne fait pas un vrai travail spirituel, tout en prétendant le contraire. Elle se sentit également déçue de son engagement dans la vie politique d’une petite ville du fait de la confusion qui règne entre satisfaction des ambitions personnelles des uns et réelle gestion des intérêts de la cité. Jupiter est en Capricorne, le signe de l’intégrité et des responsabilités socioprofessionnelles.

 

Son mouvement eut été direct, la personne aurait patiemment pris son temps pour prendre sa place dans la vie politique. Elle aurait cherché à gravir les échelons sociaux avec la maturité de l’age. Mais la planète est rétrograde et lui fait dire  «  je n’envisage pas de faire carrière comme cela, ce n’est que quand j’aurai vécu et trouvé à l’intérieur de moi une nouvelle manière de vivre ensemble que, naturellement, les responsabilités sociales viendront ». Et, effectivement, le maire vint la chercher pour lui proposer des responsabilités au sein du conseil municipal et s’occuper des questions écologiques.

 

Les personnes porteuses d'un Jupiter rétrograde sont allergiques à toute forme de rituel religieux. Réticentes, voire hostiles, aux aspects extérieurs du culte elle développent une philosophie ou une spiritualité personnelle car elles perçoivent intuitivement l'aspect contraignant du religieux dès que celui-ci remplit un rôle social. Elles flairent le risque de manipulation. Elles n’entrent pas dans les églises et se méfient comme de la peste des « gourous » au risque de jeter sans analyse tous les mouvements spirituels dans le même panier, surtout si Jupiter rétrograde dans la neuvième maison. En réalité la personne cherche à extirper le spirituel du religieux, elle s’intéresse à la question de Dieu en dehors des représentations dogmatiques qui l’effraient et dont elle perçoit intuitivement les dangers.

 

Avec Jupiter rétrograde, il s'agit de réaliser un pont entre le profane et le sacré, de redonner à la "mairie" engluée dans ses réseaux administratifs vieillissant un nouvel influx de vérité et des objectifs clairs. Lorsque Jupiter est rétrograde, il cherche à purifier les excès d’un Jupiter direct en développant d’une manière exemplaire l’écologie et l’économie dans le monde politique, en rejetant les dogmes religieux pour revenir vers une spiritualité personnelle dans le champ métaphysique et en cherchant une nouvelle manière de distribuer les richesses dans la vie collective. Tout dépend bien sur du signe et de la maison où se trouve la planète : Vierge ou Capricorne en XI (gestion des ressources), Sagittaire ou Poissons en IX (spiritualité) et Lion ou Taureau en VIII (fructification) par exemple.

           

La personne avec Jupiter rétrograde ne peut faire autrement que de laisser choir les personna et autres masques sociaux qui encombrent son palais intérieur. Les faux semblants sociaux  l'ennuient ou l'exaspèrent selon le degré de réactivité du thème, les renvois d'ascenseurs sont perçus comme des injustices…. Bref ! l’être s'efforce, dans l'intimité de sa conscience, de devenir toujours plus objectif par rapport à ses comportements sociaux, d'abord par le détachement des vieux réflexes produits par l'ancien cycle, puis par l'apprentissage de la responsabilité enrichie de l'amour né au moment de l'opposition avec le Soleil. Un amour qui aspire à une communion de cœur à cœur. Le but d'une période de rétrogradation consiste toujours à proposer un changement de niveau de conscience dans l'éternelle spirale de l'existence. La phase rétrograde correspond au pas de l'hélice qui hisse le cheminant vers l'étage supérieur, d'abord en le déconditionnant du passé (avant l’opposition au Soleil), puis apprenant à utiliser consciemment - et non plus instinctivement – les valeurs d'abondance symbolisée par Jupiter (après l’opposition).

 

Les réflexions que soulèvent cette période emplissent souvent une vie entière  !

 

En acceptant l’écroulement du palais construit autour de mes désirs de notoriété (en X), de richesse (en II), de curiosité intellectuelle (en III) où de goût personnel pour le paraître (I) je me libère des encombrements qui voilent mon accès à la jubilation d’être totalement moi-même (I), à la plénitude d'expression de mes qualités et dons personnels (II), à mon savoir intuitif (III), à mon sens de l'organisation des âmes plutôt que des hommes (X ou VIII). Il est vrai que Jupiter rétrograde est un idéaliste social car il perçoit  ce qui, justement, idéalement pourrait être. Sa fonction n'est pas d'avoir un impact sur l'extérieur mais de redresser les perversions inévitables qui accompagnent le cycle Soleil-Jupiter qui arrive à maturité (opposition). Longtemps il refuse de s’impliquer dans la vie sociale, pourtant il voit comment celle-ci pourrait devenir autre, plus en accord avec le but initial qu'avait inspiré la conjonction Soleil-Jupiter.

 

Mais avant la réalisation de cet idéal d’une communauté aimante et d’une économie de la compassion, il doit apprendre à contacter son ange, d'abord par la reconnaissance du sentiment de protection et d'abondance intérieure qui l'habite ; puis, éventuellement, par un contact direct avec la communauté des êtres invisibles. Car Jupiter rétrograde offre l'opportunité d’élargir la conscience de l’être profond au sein de la personnalité, d'où ce sentiment que, quoi qu'il arrive, un ange veille sur lui. La personne s'apprête alors à accomplir le troisième niveau du processus de rétrogradation en  développant une forme de conscience de groupe qui n’est pas purement formelle, c'est-à-dire qui est indépendante de la présence physique de ses compagnons.           

 

Avec Jupiter rétrograde la réussite, selon les critères mondains, n'advient qu'après l'accomplissement des voies intérieures, qu'après l’acceptation d'incarner en soi puis de divulguer grâce à ce que l'on est devenu une manière unique de participer à l'œuvre du monde. Que ce soit par une utilisation non conventionnelle des biens mis à la disposition de la personne (Verseau, II) où par une manière tout aussi originale de concevoir le rôle de la mort à l'hôpital (Verseau, XII), ou encore dans sa façon d'exprimer ses rêves les plus grandioses (Lion, XI). L’institutionnalisation et la reconnaissance sociale ne surviennent que lorsque l'individu devient un exemple d’une nouvelle pierre de l'édifice social. A ce moment-là ce sont les autres qui viennent le chercher afin qu’il apporte au monde les nouvelles valeurs qu’il reçut en faisant de son corps et de son cœur la demeure d’un dieu. 

 

Alors le pouvoir de Zeus n’est plus dans la représentation mais dans l’exemplarité. Tel est l’immense protocole de métamorphose intérieure que propose la rétrogradation de Jupiter.

 

Le Mahatma Gandhi, Indira Gandhi, Karl Marx, Simone Weil, Nietzsche, Louise Michel, Alexandra David Néel et Mikhaïl Gorbatchev ont tous tenté de rénover et de transformer le tissu social en fonction d’une vision très personnelle des rapports sociaux qu’ils tentèrent ensuite de partager avec leurs contemporains. Fellini, avec Jupiter et Neptune rétrogrades en conjonction dans le signe du Lion, mit en scène son monde intérieur au moyen du cinéma et Kubler-Ross s’investit totalement afin de proposer au monde une nouvelle approche de la mort (Verseau, XII). Tous cherchèrent à insuffler une nouvelle vie et un nouveau mode d’emploi dans les relations entre les hommes, à leur manière (le signe de Jupiter rétrograde) et dans leur champ de compétence (la maison de Jupiter rétrograde). Marx en proposant un nouvel idéal (maison XI), Indira Gandhi en prenant la responsabilité du pouvoir (X), Simone Weil en s’impliquant dans le travail à l’usine afin de mieux questionner la cause des travailleurs (VIII) et Gorbatchev en cherchant à redonner un souffle pratique et philosophique aux valeurs corrompues du marxisme, cette religion laïque (IX). Quand à Mgr Lustiger,  il fut ordonné prêtre lorsque Jupiter rétrograde natal devint direct en progressions, à l’age de 27 ans. C’est là, bien sur, un facteur parmi d’autres puisque l’on sait que les années 27-30 ans sont riches en événements astrologiques.  Novateur, il soutint des réformes qui donnèrent un nouveau souffle à l’enseignement catholique et fonda notamment une université théologique indépendante. Avec Jupiter en Verseau et en II il s’agit de développer des moyens concrets (II) pour renouveler (Verseau) les conditions un enseignement (ascendant Sagittaire) vu sous l’angle d’une expérience spirituelle intérieure (Jupiter rétrograde). Il faut garder à l’esprit que ces exemples sont le fruit d’un long parcours intime. Ajoutons encore l’exemple édifiant de Saint Ignace de Loyola, le fondateur des Jésuites et le précurseur des collèges, dont le thème présente un Jupiter rétrograde en Cancer et en maison X, point focal d’une figure en bol. Avant que Jupiter rétrograde n’acquiert notoriété et responsabilité, la personne a dû ouvrir sa conscience à l’immense marée de la vision nouvelle qui s’imposait, elle, comme une évidence incontournable malgré les démentis continuels du monde dit « réel ». Ce courage-là est la clef de son succès.

 

Co-naître avec Vénus, s’enivrer avec Jupiter

Derrière leurs rondeurs et leurs diplomaties, derrière leur authentique amour du genre humain et leurs sourires encourageants, Jupiter et Vénus rêvent secrètement  de souveraineté. Bien sûr Vénus est une planète personnelle et intime alors que Jupiter se déploie dans la sphère sociale. Les sphères d’action de ces deux planètes sont si séparées que la mythologie grecque ne mit jamais en scène les amours de Zeus avec Aphrodite ! Le zodiaque confirme cette distance avec le quinconce entre le Taureau et le Sagittaire d’un côté ; de la Balance et des Poissons de l’autre. Néanmoins ces deux planètes, qui ne forment pas un couple astronomique comme Vénus/Mars ou Jupiter/Mercure, sont spécialisées dans la question du lien. Le mystérieux lien de l’amour  avec Aphrodite et celui, plus visible mais tout aussi étrange, qui unit des groupes d’âme et/ou des assemblées de personnes au nom de la réalisation d’objectifs qui les dépassent. Or un lien est aussi une chaîne, une marque de soumission volontaire (ou involontaire !) à une force plus-que-personnelle. Séduction et respect de la pression sociale en sont les visages mondains ; révélation de la beauté et partage enthousiaste en sont les figures individualisées… mais un jour il faut bien aller vers la source du pouvoir et oser le regarder en face. C’est ce que proposent, boucles après boucles, les rétrogradations de Vénus et de Jupiter. Alors Vénus devient « pensée » et Jupiter ivresse du vivant. Pour Vénus, la connaissance est une « co-naissance » car elle est issue d’un toucher sensuel des Idées abstraites qui se muent en valeurs fascinantes pour la personne. Pour Jupiter, l’ivresse est, mythologiquement, le passage de Zeus à Dionysos qui naquit de la cuisse du grand Olympien. Dionysos, le « deux fois né », signe la présence d’une source au cœur de la personnalité, celle par où sourd le vin écarlate de la vie divine.

 

Alors Vénus comprend que la séduction est un obstacle à l’amour. Alors Jupiter comprend que la religion est un obstacle à la vie spirituelle. Cette double compréhension ouvre la voie à la troisième planète des Poissons, Neptune, celle qui porte l’infini des mondes dans la plus petite des gouttes de rosée.

 

Luc Bigé

 

 

 

 



[1] Georges Dumézil, Mythes et dieux des indo-européens (Flammarion).

[2] Jacques Berthon, L’univers des Poissons (éditions traditionnelles).

[3] Le sens des planètes rétrogrades  est développé dans  Planètes rétrogrades, terres intérieures (Janus).

[4] Francesco Albéroni, le choc amoureux et Genesis.

[5] Liz Greene à développé dans son ouvrage « Les planètes intérieures » (Le Rocher) la richesse mythologique de Vénus qui ne se limite pas, et de loin, au pouvoir de séduction d’une Aphrodite édulcorée après son passage par le patriarcat du monde Grec. Ses grandes « ancêtres » sont Inanna et Ishtar, les déesses du féminin initiatique de Sumer. La Vénus astronomique en maintient le souvenir par son étoile d’Or.

[6] Le grec Eïdos désigne à la fois les « idées » et les « formes ». Une fotrme est une idée rendu visible. Nous avons l’équivalent en français dans le terme « information » qui désigne littérallement « ce qui est dans la forme ».

[7] Par “pouvoir mental” nous n’entendons pas la puissance de raisonnement d’un Mercure bien accroché à ses noisettes de savoir, mais la perception intuitive des Idées qui sont aussi composées de substance, une substance translucide et froide qui casse les certitudes de la personnalité et peut éventuellement provoquer des troubles du comportement.

[8] Mercure forme en plus un demi-carré  exact à Pluton.

[9] D’après Dane Rudhyar dans L’astrologie de la personnalité (Librairie de Médicis). Le symbole donné dans les Symboles Sabian (Editions de Médicis) est très légèrement différent : « Epées et torches s’affrontent dans une joute symbolique ». Rudhyar propose l’interprétation suivante : « Refusant de dépendre du passé, le chercheur se fait chevalier et reprend le flambeau de l’éternel « Grand Combat ». Cette étape suggère que notre salut dépend de notre alacrité à envisager les événements comme s’il existait seulement de deux camps opposés. Voici le Dharma échu à l’humanité à ce stade, un stade marqué par la POLARISATION DES VALEURS. ».

[10] D. Rudhyar, ibidem. 

Par Luc Bigé - Publié dans : Astrologie
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires
Vendredi 9 mars 2012 5 09 /03 /Mars /2012 13:24

 

Le filet d’Héphaïstos et Pygmalion, considérations astrologiques

 

 

Dans un précédent article nous avons développé le sens symbolique de deux structures mythologiques : Pygmalion et le filet d’Héphaïstos. Voici à présent leurs contreparties astrologiques afin de monter à quel point les mythes sont vivants à travers nos parcours d’existences.

 

Le filet d’Héphaïstos

Les indices astrologiques de ce mythe sont assez simples : une conjonction Vénus/Mars dominante, en aspect avec les autres acteurs du drame : Mercure, Neptune et Soleil.

 

Dominique Strauss-Khan, 25 avril 1949 à 11h10, Neuilly sur Seine (France)[1]

 

DSK1.gif

Le thème de D.S.K. présente une illustration parfaite des personnages mythologiques mis en jeu. La conjonction Vénus/Mars signe la passion nocturne des amants, mise soudain dans la lumière publique par les feux médiatiques par un Soleil (Hélios) qui les éclaire tous les deux en maison X. Cette triple conjonction appartient à la structure du « moi » puisque le soleil est le maître de l’ascendant Lion. Vénus et Mars, conjoints au maître de l’AS, deviennent dominants dans le thème natal. Cet amas planétaire à donc toutes les chances de passer du plan psychologique vers celui des événements. Quant à Mercure/Hermès, il est en Taureau, conjoint à Vénus, et complète ainsi la scène mythologique.

 

L’épisode médiatique de l’été 2011 fut donc la mise en scène d’une structure archétypale – d’où son pouvoir de fascination - avec Nafissatou Diallo dans le rôle de Vénus, D.S.K. dans celui de Mars, les médias ont endossé celui d’Alectryon et les avocats de Mercure. Quand à « Neptune », il est figuré par une nouvelle Lune progressée en maison XII au moment des faits. Le héros du feuilleton mythologique de l’été du encore verser une amende pour se libérer de sa prison-filet et traverser le sentiment de honte en reconnaissant publiquement sa « faute ».

 

Et puis, ultime ironie de l’histoire, le coq (Alectryon) qui annonce le nouveau soleil est le symbole de l’état Français. Or celui qui était promis aux plus hautes fonctions publiques fut victime d’un dysfonctionnement du Galinacée. En d’autres termes cet épisode devrait, plus amplement, nous interroger sur l’état de l’Etat français : somme nous occupés à fuir notre propre lumière, c’est-à-dire le génie de la nation, où à annoncer le futur de la civilisation comme le firent en leur temps les révolutionnaires de 1789 ?

 

Bien sûr, les transits au moment des faits ont extériorisé le mythe sous une forme événementielle.  Le 14 mai 2011 (inculpation) Uranus passe sur la Lune, réactivant son opposition à Neptune et la confusion entre la personne et la déesse, Jupiter céleste est en conjonction à Mars natal, il amplifie les désirs… et une nouvelle progressée se forme en maison XII, sur le cinquième degré du Cancer, dont le Symbole Sabian est étonnamment parlant : « une automobile écrasée par un train gît près d’un passage à niveau ». Rudhyar propose l’interprétation suivante : « la probabilité de désastre lorsqu’un désir irrationnel vient contrarier le cours impersonnel et presque inéluctable des usages collectifs »[2].

 

 

Sylvio Berlusconi, 29 septembre 1936, 5h40, Milan (Italie).

 

Berlusconi.gif

Ses frasques passionnent et désespèrent l’Italie. Le thème présente un sextile entre Vénus et Mars qui encadre les acteurs du mythe du « filet magique » : Vénus-Aphrodite, Mercure-Hermès, Soleil-Hélios et Neptune-Poséidon. Néanmoins, ici, le Soleil en Balance est dominant car il est conjoint à Mercure, le maître de l’AS. Il est lui-même « les projecteurs médiatiques » qu’il contrôle à son avantage. Un sextile à plus de recul qu’une conjonction. Cet aspect permet « d’organiser » ses passions sans s’identifier totalement à elles lorsqu’elles surgissent comme dans la conjonction.

 

Notons également la présence d’une opposition Lune-Neptune, comme sur le thème de DSK.

 

 

Bill Clinton, né le 19 août 1946, 8h51, Hope (Arkansas, U.S.A.)

Bill-Clinton.gif

L’ancien président des Etats-Unis passa lui aussi sous les fourches caudines d’une humiliation publique suite à une affaire sentimentale. Son thème présente une conjonction Vénus-Mars qui encadre Neptune. Celle-ci appartient à la structure du « moi » puisque Vénus est maîtresse d’un ascendant situé en Balance. Ses mésaventures sont assez semblables à celles de D.S.K : révélation par les médias d’une liaison, reconnaissance publique de sa « faute » et prix financier à payer. Par contre la triple conjonction se place en maison XII, celle des « choses cachées » et de la transcendance. Longtemps ses passions « vénus-mars » furent tenues secrètes.

 

Notons encore le sesqui-carré (135°) qui sépare la Lune de Neptune dans le thème de Bill Clinton.

La maison XII valorisée par la présence d’un amas planétaire, incluant le maître de l’As, le relie fortement aux forces de l’inconscient collectif et tend de faire de lui un bouc-émissaire lorsque ces énergies ne sont pas conscientisées, positivement cette connection à l’âme des peuples lui confère du charisme puisqu’il sent ce que les personnes veulent entendre. Dès le début de sa présidence, Clinton fait face à de nombreuses attaques personnelles de la part de ses adversaires politiques. Il sera ainsi victime d'un véritable acharnement de la droite conservatrice et de l'extrême droite. Après ses deux mandats il sera blanchi. Sauf pour l’affaire Lewinsky entre mai 1997 et novembre 1998. Pendant cette période Uranus s’oppose à l’amas en X et Saturne à l’autre amas en XII.

 

Les épouses et le mythe de Pygmalion

Les hommes cités plus haut possèdent tous dans leur thème un aspect dissonant Neptune-Lune, ce  qui crée une confusion, au risque d’idéaliser la femme de chair (Galatée) en l’élevant au rang d’une déesse (Aphrodite). Or ces personnages ont rencontré leur « Pygmalion » en la personne de leurs épouses. Tout se passe comme si un aspect de tension entre la Lune à Neptune rendait l’homme disponible au rêve de façonnage des femmes pygmaliennes.

 

Les indices astrologiques du mythe se déduisent de son contenu. Un aspect entre Saturne et Mars pour la statuaire et une relation tendue (carré, opposition, demi-carré et sesqui-carré) entre Mars et Vénus. Le coup de burin qui frappe la statue de Galatée peut en effet se lire de deux manières contraires : une violence contre ce que l’on aime (carré Vénus-Mars) et/ou le désir de modeler l’autre sur le modèle de la beauté et du potentiel de réalisation que l’on perçoit en lui. En résumé « Pygmalion » est une association de trois planètes : Saturne, Vénus et Mars, avec un aspect de tension entre les deux dernières.

 

Anne Sinclair, née le 15 juillet 1948 à 16h30, New-York (U.S.A.)

Anne-Sinclair.gif

Elle possède avant toute chose un mythe de Prométhée (Lune Noire en Verseau et Uranus en opposition au Maître de l’AS) et, secondairement, un mythe de Pygmalion avec un carré Vénus-Mars valorisé (Vénus opposée au maître de l’A.S. et Mars en maison X) soutenu par Saturne en sextile à Vénus.

 

 

Hilary Clinton, 26 octobre 1947, 20h00 à Chicago (U.S.A.)           

Hilary-Clinton.gif

C’est un mythe de Pygmalion presque parfait avec une conjonction Saturne-Mars en carré à une vénus en scorpion et en maison V. celui-ci est identitaire, il fait partie du « moi », puisque Vénus est conjointe au maître de l’Ascendant.

 

Véronica Lario (Mme Berlusconi), née le 19 juillet 1956, 19h05, à Bologne (Italie).

Veronica-Lario.gif

Le maître de l’As relie le carré Vénus-Mars par quinconce et trigone. En 2009, « excédée par le comportement de son mari », elle décide de demander le divorce. Pendant cette période Uranus rétrograde entre 26° et 23° des poissons, réactivant le carré Mars-Vénus natal, et au trigone de la triple conjonction natale Mercure-Soleil-Uranus en VII.

 

Voici un thème masculin, celui de Georges Bernard Shaw[3] qui écrivit une pièce de théâtre à succès sur le mythe de Pygmalion :

GB-Shaw-copie-1.gif

Il présente exactement les facteurs astrologiques qui sont mis en scène pour procéder à la naissance Galatée : Saturne est valorisé par sa conjonction au maître de l’Ascendant, Mercure ; on observe également un carré Vénus-Mars mis en lumière par la présence du Soleil. Enfin un demi-sextile (large) relie Sature à Vénus.

Tous les Pygmaliens ne sont pas des artistes. Le signe et la maison de Vénus indiquent le type d’œuvre que la force de l’amour cherche à façonner. La conjonction Soleil-Vénus en Lion de Georges Bernard Shaw oriente son œuvre vers l’expression théâtrale et le jeu des dialogues (AS Gémeaux) ; Anne Sinclair à une Vénus en maison VII et en Gémeaux : c’est son compagnon qu’elle tente de façonner à l’aide de ses conseils ; Hilary Clinton à une Vénus en maison V, celles des projets, des enfants et des engagements affectifs. Il en est de même pour Véronica Lario, mais Saturne rétrograde au MC suppose une transformation du « moi » plutôt que celui des autres.

 

Luc Bigé

http://universite.dusymbole.free.fr



[1] Les dates de naissance proviennent de astrotheme.fr.

[2] Dane Rudhyar, Astrologie de la personnalité (Librairie de Médicis).

[3] George Bernard Shaw est né le 26 juillet 1856 à 0h55 à Dublin (Irlande). 

Par Luc Bigé - Publié dans : Astrologie
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 17 janvier 2012 2 17 /01 /Jan /2012 18:15
Par Luc Bigé
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Vendredi 2 décembre 2011 5 02 /12 /Déc /2011 15:17

Les Amazones, l’univers est-il accueillant ?[1]

 

 

La fille d’Eurysthée, Admétè, brûlait d’envie de nouer autour de sa taille la ceinture d’or qui appartenait à Arès. Hercule fut chargé d’aller quérir l’objet auprès des Amazones, ces femmes guerrières qui méprisaient le mariage.

 

Hercule jeta l’ancre dans le port de Thémiscyra. La Reine des Amazones, Hippolyté, eut vent de sa venue ainsi que de l’objet de son voyage. Elle décida immédiatement de lui rendre une visite de courtoisie, totalement pacifique. Séduite par la prestance du héros, elle lui offrit spontanément sa ceinture d’or en témoignage de son amour. Las ! Héra, métamorphosée en Amazone, répandit partout le bruit que l’étranger était venu pour enlever la reine. La rumeur enfla si rapidement qu’il fut impossible de l’étouffer. Très en colère, les cavalières réagirent immédiatement en enfourchant leurs montures. Elles partirent au grand galop dans l’intention de détruire le navire de l’intrus. En apercevant au loin le nuage de poussière soulevé par tant de haines, le héros crut en une manœuvre déloyale de la Reine. Sans l’interroger plus avant il la tua, lui arracha sa ceinture et se débarrassa violemment des assaillantes en les massacrant.

 

Cet épisode explore les trois grandes thématiques que Vénus connaît bien : la question du lien, la nature du don et le passage du monde terrestre vers le monde des étoiles puisque la Ceinture est une image symbolique de la ceinture zodiacale. Celle-ci débute à 0° du bélier – le signe de Mars/Arès – mais il est tout aussi légitime de le faire commencer à 0° Balance – le signe de Vénus/Aphrodite puisqu’il s’agit des deux lieux où écliptique et équateur céleste se croisent. Vénus et Mars sont dépositaires d’une ceinture d’or, l’un et l’autre codent le commencement du zodiaque. Les Amazones sont les enfants d’Arès et d’Harmonie, elles portent dans leurs gènes la violence du combat au nom de l’harmonie.

 

Pour l’heure les amazones sont des femmes « Bélier », volontaires, intuitives et impulsives, qui aspirent de toutes leurs forces à se donner au héros venu les visiter. Pourtant la chose est risquée. La situation mythique est exactement inversée par rapport à celle que dû affronter Pâris. La force guerrière des Amazones leur à, jusqu’à présent, réussit. Elles savent ce qu’elles veulent, ont fondé une civilisation et conquit de nombreux territoire, elles savent même harnacher leurs chevaux ! Toutes ces qualités symboliques Pâris devra les apprendre. Une Amazone moderne serait une femme qui sait exactement ce qu’elle veut, à réussit une carrière brillante et s’accomplit dans la liberté de ses élans. Un seul problème : les hommes sont réduit à moins que rien et n’ont pas droit à la parole. Intuitives, les Amazones savent parfaitement cela. C’est pourquoi, avec la meilleure volonté du monde, leur Reine offre sa ceinture au valeureux guerrier qui l’accoste. Offrit sa ceinture, ce n’est pas rien ! En donnant au héros le symbole de sa royauté elle se donne toute entière à l’homme qui est venu la chercher. C’est le rêve secret du Bélier, dont l’histoire biblique à retenu sa vocation sacrificielle. La femme libre aspire à se donner totalement à l’autre dans son désir de produire ce lien absolu qui, comme une ombre, la taraude. La face obscure de Pâris et de la Balance consistait à nier la violence que ses choix et ses non-choix soulevaient dans la relation, la face obscure d’Hippolyté et du Bélier consiste à, soudainement, tout donner à l’autre au risque de se perdre. Lorsque la Reine offre sa ceinture emblématique à l’étranger la « panique » s’empare d’elle. Son nom décrit sa nature profonde puisque « Hippolyté » se traduit précisément par « panique des chevaux ». Devant l’imminence de la Rencontre la femme panique et perd le contrôle de ses élans intérieurs.

 

Alors l’axe de la Ceinture pose cette éternelle question : faut-il se lier ou se délier ?

 

Toute relation est abdication d’une part de liberté, pourtant ma liberté ne peut avoir de sens sans l’autre. Comment se lier sans s’enchaîner, comment se délier tout en conservant un dialogue authentique ? En un mot, comment métamorphoser le lien en relation ?

 

Les Amazones ont quelques idées là-dessus, très imparfaites. Elles surent, « pour la première fois dans l’histoire » précise Apollodore, harnacher leurs chevaux pour engager le combat. Mais elles se nomment encore avec des noms d’animaux comme « Jument » et « Jument Noire » ou des vocables qui signent la rupture du lien comme « celle qui arrache » et « celle qui détache les chevaux ». Elles établissent des cités et épanouissent leur civilisation en créant du lien social, mais elles aspirent à rester vierges et dénient un rôle public à l’autre sexe. Ces femmes-là désirent sincèrement se lier avec ce qui vient de l’étranger (Hercule), avec leurs élans intérieurs (les chevaux) et avec le collectif (les villes) mais cela ne leur réussit qu’imparfaitement à chaque fois : elles engagent par erreur un combat contre Hercule, leurs chevaux sont encore à moitié sauvages, et le Héros apparaît lorsque les conquérantes ont dû se retirer d’une grande partie de l’Asie précédemment conquise. La femme Amazone aspire de tout son cœur à créer du lien mais, au fond d’elle-même, elle « sait » mieux que les autres car son intuition ne la trompe jamais. Et puis, « donner sa ceinture », signifierait surtout, imagine-t-elle, perdre l’initiative et le contrôle sur sa vie et sur son destin. 

 

Alors surgissent des bouffées de panique à l’instant même où l’alliance devient possible. Pour comprendre cela il suffit de ramener cette expérience sur le plan psychologique. Combien de couples se séparent au moment même où ils décident de se marier ou simplement de vivre ensemble dans un appartement commun ? La proximité quotidienne avec l’autre les fait passer du statut d’amants à celui de compagnons, littéralement « ceux qui mangent le même pain ». Cette nouvelle alliance ne va pas de soi car la nature de la relation à l’autre se transforme. Et, pour qui vit sur le plan de Vénus (la séduction) ou de Mars (la conquête), cette proposition de rencontrer l’autre sur le mode du don, c’est-à-dire du partage mutuel, suscite une peur panique. Alors les amants détruisent par la fuite ou par la violence cette alliance naissante.

 

Héraclès se croit trahi alors qu’il est simplement aimé. Le héros ne reconnaît pas ces femmes pour leurs justes intentions. L’homme ne voit pas encore que l’univers fonctionne aussi selon une autre loi que celle de la compétition et de la lutte : la générosité du don corrélée au sentiment de gratitude envers la bonté de l’univers. Habitué à prendre ce qu’il désire sous l’impulsion d’une virile volonté il néglige cet acte d’amour et tue l’infortunée. La Reine des  Amazones est fascinée par la beauté physique d’Hercule dont Vénus est l’emblème, le Guerrier est encore habité par le démon du combat dont Mars est le représentant. Peut-être eussent-il pu devenir amants comme Vénus et Mars lors de l’épisode du filet d’Héphaïstos. Mais le don gratuit de la ceinture soulève un vent de panique et Hercule imagine d’improbables scénarii. La femme ne cherche-t-elle pas à le manipuler ? Est-ce un calcul ? Agit-elle ainsi pour l’inciter à baisser sa garde ? De leur côté, les Amazones ne croient pas non plus en la bonne volonté de l’homme et pensent à une ruse.

 

Est-il si difficile pour l’homme et la femme de recevoir en toute confiance, sans arrière-pensées ? Nous savons généralement prendre ou donner… mais recevoir ? Cela suppose de croire en la bonté gratuite : la sienne, celle des autres et celle de l’univers. Cette attitude d’une angélique simplicité est littéralement révolutionnaire car elle implique un changement de plan de conscience. En effet, si l’univers est accueillant il n’est plus nécessaire de calculer pour obtenir la première place ni de s’interroger pour savoir si une anguille se cache sous la roche, ni même de lutter compétitivement pour obtenir la plus grosse part du marché. En un mot, la tâche d’Hercule et d’Hippolyté consiste à reconnaître puis à vaincre leur peur profonde du monde extérieur. Longtemps l’homme et la femme crûrent que le combat était une nécessité, voire même un mode de fonctionnement naturel. Ne nous raconte-t-on pas que la « lutte pour la vie », que le système économique traduisit en « compétitivité nécessaire », sont inéluctables dans notre monde biologique et social ? Le mythe nous rappelle qu’un combat permanent pour la survie conduirait à la destruction de la civilisation (des Amazones), de la féminité (Hippolyté) et nous empêcherait de contacter collectivement un nouveau plan de conscience : celui du don et de l’amour partagé (la Ceinture).

 

Faut-il rappeler que la symbiose et les divers modes de coopération biologiques comme, par exemple, la pollinisation, furent infiniment plus efficaces pour l’évolution des espèces que la sélection dite « naturelle » ? L’épisode des Amazones nous met collectivement en garde contre les idéologies de conquête, si répandues dans notre monde, depuis la vie amoureuse jusque dans les politiques économiques.

 

Peut-être est-ce l’un des Travaux les plus difficiles à accomplir. Malgré son apparente facilité – prendre une ceinture à une femme, ceinture qui est donnée, que diable ! -  Hercule échoue. La Reine est morte et le carnage se répand comme une traînée de poudre. 

 

L’homme et la femme concernés par cet épisode mythologique comprennent que leur volonté de conquérir le ciel par la force, la civilisation par la violence, la réussite économique par la compétitivité… bref ! « la Ceinture par la guerre » est un obstacle à la poursuite de leur évolution. Les héros observent une chose nouvelle à laquelle ils n’étaient pas préparés : ils peuvent vaincre sans combat, dans une totale confiance en la bonté et en la gratuité du geste de l’univers.

 

Réussir ce Travail, c’est donc accepter de recevoir. L’échec d’Hercule et d’Hippolyté souligne sa suprême difficulté.

 

La troupe des Amazones que combattit Hercule appartiennent à la vie intérieure de l’homme et de la femme. Le héros à pour tache d’éliminer (de « tuer ») les forces qui minent la confiance mutuelle ente les amants, les forces contraires qui retardent l’émergence d’une civilisation fondée sur ce simple et nouveau regard : le sens de la gratitude.

 

Le guerrier défait d’abord Aella « ainsi nommée pour sa légèreté à la course » : l’homme « tue » son incroyable vélocité à échapper sans cesse au regard de l’autre et à la confrontation, il se libère de sa tendance à la fuite de la rencontre. Puis vint le tour de Prothoë, « qu'on disait être sortie victorieuse de sept combats en duel » : il renonce à sa remarquable habileté à se défendre avec succès sur tous les plan de son être, de ses attitudes physique à ses certitudes métaphysique. Eriboée qui « se vantait de n'avoir besoin d'aucun secours » représente sa difficulté à demander de l’aide, par crainte, orgueil ou simple désir d’autonomie. C’est pourtant la première condition pour recevoir. Puis vint le tour des compagnes d’Artémis chasseresse, Celéno, Eurybie et Phoebé, toutes trois très averties dans l’art du tir à l’arc. « Lancer des flèches » est aussi une manière de céder à la panique et de se protéger du monde extérieur. Hercule vainquit encore Philippis, Déjanire, Astérie, Marpé, Tecmesse et Alcippe sur lesquelles nous manquons, hélas, d’informations. En tout, l’archer tua douze Amazones célèbres. Il défit douze obstacles contraires à l’union des cœurs. Alors Mélanippè, l’une de leurs trois Reines, « perdit son royaume et sa liberté ». Or son nom se traduit par « Jument Noire ». Quelle beauté dans le mythe ! La « jument noire » perd sa liberté et son royaume ! Cette image extraordinaire nous dit exactement ceci : les élans obscurs de l’être perdent leur pourvoir de manipulation.

 

Sous prétexte de liberté et de réussites, d’exploits et de conquêtes, combien de « jument noire » et d’Amazones belliqueuses intérieures, motivées par une secrète panique, nous mènent-elles par le bout du nez ?

 

En tuant « panique des chevaux » (Hippolyté) et en désamorçant le pouvoir de la « Jument Noire » (Melanippè) l’homme et la femme habités par cet épisode mythologique se débarrassent de leur peur de la rencontre (la Ceinture d’or) et de toutes leurs stratégies incroyablement performantes mises au point pour cacher de sombres élans derrières des qualités enviables. Des trois reines des Amazones il ne reste plus que Antiopé. Celle-ci sera faite prisonnière et offerte en cadeau à Thésée. Robert Graves traduit Antiopé par « le visage faisant face ». Il reste la conscience lucide.

 

Le passage de la défiance à la confiance ne s’accomplit pas par des armées, des traités d’amitié, des échanges économiques ou même des palabres. Le mythe propose deux voies complémentaires. Celle du don gratuit, féminine et radicale, choisie par Hippolyté qui offre son royaume à l’étranger. Mais elle à l’inconvénient d’induire une prise de risque pouvant aller jusqu’à la destruction. Que dire en effet d’une personne ou d’une entreprise qui donnerait tout, en attendant avec confiance (et naïveté) que le monde le lui rende au centuple ? Cette attitude est pourtant fondamentalement juste mais, pour s’accomplir, elle appelle l’œuvre masculine du guerrier intérieur qui « tue » les douze obstacles à la confiance mutuelle.

 

L’amour est une antidote efficace contre la peur. Mais il est insuffisant pour la désamorcer durablement. Hippolyté a compris cela en tombant amoureuse de l’étranger. Elle fut néanmoins broyée par la panique qui assourdissait son cœur.

 

L’art de laisser arriver les choses ne va pas de soi. Comment expérimenter concrètement cette bonté de l’univers ? Par exemple en partant sur les routes totalement imprégné de l’instant présent, sans savoir ce que vous aller manger à midi ni où vous allez dormir le soir. Alors la panique fondamentale qui habite tout être humain par rapport à ses besoins fondamentaux sera clairement vue et confrontée. Alors, peut-être, de nombreuses « Hippolyté » surgiront au détour d’une rue, les mains emplies de présents. « Peut-être », car le héros connaît la loi de résonance. Il sait que s’il n’a pas encore tué sa « jument noire » intérieure celle-ci ressurgira un jour coin d’une rue sombre pour le paniquer et le rendre à nouveau violemment « compétitif ». Il sait aussi qu’il ne rencontrera la bonté de l’univers que s’il a déjà contacté cette bonté-là au fond de son propre cœur.



[1] L’analyse de cet épisode mythologique est développée dans l’ouvrage La voie du Héros, les douze Travaux d’Hercule (éditions de Janus). 

Par Luc Bigé - Publié dans : Mythologie
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires

Présentation

Recherche

Calendrier

Juin 2012
L M M J V S D
        1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30  
<< < > >>

Partager

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus